Un putsch avorté dans un pays réputé stable
Dans un Bénin jusqu’alors considéré comme un havre de stabilité en Afrique de l’Ouest, une tentative de coup d’État a ébranlé l’autorité de Patrice Talon ce dimanche 7 décembre 2025. Dès l’aube, un groupe de militaires mutinés a brièvement pris le contrôle de la télévision publique, la SRTB à Cotonou, affirmant sur les ondes avoir destitué le président. Rapidement, les forces loyales ont repris le dessus, sécurisant les sites stratégiques et assurant la protection du chef de l’État, âgé de 67 ans et censé quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats.
Les assaillants, soutenus par des éléments extérieurs présumés mercenaires, ont d’abord tenté de s’introduire dans la résidence privée de Patrice Talon, située dans le quartier Guézo à Cotonou, avant d’être repoussés par les unités fidèles. Dans l’après-midi, la capitale économique était sous haute surveillance, avec des patrouilles militaires, des hélicoptères en survol et des axes principaux coupés, tandis que la situation retrouvait progressivement son calme.
Un discours présidentiel ferme et une réponse militaire immédiate
En fin de journée, Patrice Talon a pris la parole à la télévision nationale pour condamner avec fermeté cette manœuvre déstabilisatrice. Il a déclaré : « Notre pays a vécu aujourd’hui des événements d’une gravité extrême. Cette trahison ne restera pas impunie. » Le président a également révélé que des personnes étaient encore détenues par les mutins en fuite, insistant sur l’urgence de sécuriser la situation et de protéger la population.
Les autorités ont confirmé l’arrestation d’une douzaine de militaires, dont les principaux instigateurs présumés, ainsi que d’un ancien membre des forces armées béninoises. Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a salué la réaction républicaine des Forces armées béninoises, soulignant leur fidélité et leur professionnalisme face à cette menace contre les institutions.
Des revendications politiques et une réponse internationale
Les mutins, dirigés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ont proclamé la création d’un Comité militaire pour la refondation et annoncé la suspension de la Constitution, justifiant leur action par la volonté de mettre fin à la gouvernance de Patrice Talon. Ils ont notamment évoqué des griefs liés à la privation de droits électoraux, à l’adoption de lois controversées et à des exils forcés de citoyens.
Cette tentative de putsch a rapidement suscité la condamnation unanime de la CEDEAO et de l’Union africaine. L’UA a qualifié l’acte de violation flagrante de l’ordre constitutionnel et appelé les militaires impliqués à regagner leurs casernes. La CEDEAO a, quant à elle, annoncé le déploiement immédiat de troupes en provenance du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir le gouvernement béninois et préserver la stabilité régionale.
Les ambassades des États-Unis et de France ont également réagi en appelant leurs ressortissants à la prudence, tandis que l’armée nigériane a engagé avions de chasse et troupes au sol pour sécuriser la SRTB et un camp militaire occupé par les mutins.
Un contexte politique tendu à l’approche de la présidentielle
À quelques mois de l’élection présidentielle d’avril 2026, qui marquera la fin du mandat de Patrice Talon, le climat politique reste particulièrement tendu. La révision constitutionnelle adoptée récemment, prolongeant les mandats présidentiel et législatif à sept ans, suscite de vives critiques. Cette réforme, couplée à l’élimination du candidat du principal parti d’opposition, cristallise les tensions et alimente les débats sur la démocratie béninoise.
Parallèlement, le nord du pays fait face à une insécurité croissante, avec des attaques djihadistes régulières. En avril dernier, 54 soldats y ont trouvé la mort, illustrant les défis sécuritaires auxquels le Bénin doit faire face.
Pendant plusieurs heures, la capitale a été plongée dans le flou, avec des rumeurs se propageant plus vite que les informations officielles. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, Facebook et WhatsApp, ont servi de relais aux spéculations, tandis que les autorités tardaient à communiquer. Les habitants de Cotonou ont décrit une atmosphère mêlant inquiétude et retenue, certains redoutant d’éventuelles répliques.
Une tentative de putsch révélatrice de tensions profondes
Cette mutinerie a mis en lumière les griefs politiques de certains éléments au sein de l’armée et du paysage politique béninois. Les mutins, selon les sources proches du dossier, dénonçaient une gouvernance qu’ils jugeaient excluante et autoritaire. La question des éventuels commanditaires de cette tentative de coup d’État reste en suspens, révélant des fractures internes potentiellement dangereuses pour la stabilité du pays.
Patrice Talon, ancien magnat du coton et homme d’affaires, quittera le pouvoir en avril 2026 après deux mandats, comme le prévoit la Constitution. Le Bloc républicain (BR) et l’UP-R, coalition au pouvoir, ont déjà désigné son successeur : le ministre des Finances Romuald Wadagni, pilier des politiques économiques menées depuis une décennie.