15 septembre 2026
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Moins de quinze jours après la mutinerie des 28 et 29 août, le général Moussa Salaou Barmou a été démis de ses fonctions à la tête des Forces armées nigériennes. Ce remplacement, décidé par Abdourahamane Tiani et officialisé par décret le 11 septembre, soulève une interrogation bien plus profonde qu’un simple jeu de chaises musicales au sommet de la hiérarchie militaire. Derrière l’éviction du général Barmou se dessine une ligne de faille : jusqu’où le Niger peut-il tolérer qu’une puissance étrangère s’immisce dans un affrontement entre ses propres soldats ?

Un général au cœur du pouvoir, pas un traître

Moussa Salaou Barmou n’est pas un visage inconnu dans les rangs de l’armée nigérienne. Ancien commandant des forces spéciales, il occupait le poste de chef d’état-major des armées depuis 2023. Il fait partie du premier cercle militaire porté au pouvoir après la chute de Mohamed Bazoum. Jusqu’à son limogeage, il représentait donc une pièce maîtresse du dispositif mis en place par le CNSP.

Le décret présidentiel qui le remplace par le général Mamane Sani Kiaou ne fournit aucune explication officielle. Ce silence nourrit évidemment les spéculations : sanction déguisée ? Volonté de reprendre la main sur l’appareil militaire ? Réorganisation de la chaîne de commandement après la mutinerie ? Ou bien conséquence de désaccords plus profonds sur la stratégie de réponse militaire ?

Une chose est sûre : rien dans les informations rendues publiques ne permet d’affirmer que Barmou aurait trempé dans la tentative de renversement de Tiani. Les autorités nigériennes ne l’ont d’ailleurs jamais accusé publiquement de trahison.

28 Août : une crise d’abord nigérienne

Dans la nuit du 28 au 29 août, des militaires dissidents ont lancé des assauts contre plusieurs sites névralgiques de Niamey : la base aérienne 101, le palais présidentiel et les installations de la télévision publique. Les mutins provenaient en grande partie des forces spéciales et de garnisons de l’intérieur du pays. Pendant plusieurs heures, l’issue des combats est restée incertaine. Certaines unités auraient même refusé de participer à l’assaut contre leurs propres frères d’armes.

Le fond du problème est donc d’abord nigérien. Des soldats nigériens affrontaient d’autres soldats nigériens. Les divergences portaient sur le pouvoir, la conduite de la guerre contre les groupes armés, les conditions de vie des militaires et, plus largement, sur la situation du pays.

C’est précisément là que surgit une question cruciale : pourquoi une force militaire étrangère devait-elle intervenir directement dans un affrontement interne aux forces nigériennes ?

Africa Corps : quand le partenaire sécuritaire devient acteur du conflit

La réponse est désormais documentée : l’Africa Corps russe a apporté un soutien décisif aux forces loyalistes. Environ 200 éléments russes présents sur la base 101 auraient participé à la reprise du site. Les sources internationales font état d’un appui terrestre et aérien. La Russie elle-même a reconnu l’aide fournie par ses militaires pour contrer le putsch.

Des informations publiées le 14 septembre évoquent également l’emploi de drones kamikazes par les forces russes durant les combats. Cette dimension doit toutefois être maniée avec prudence, car les détails opérationnels restent partiellement documentés.

Mais le problème politique, lui, demeure entier. Lorsque des militaires étrangers s’engagent dans une confrontation entre soldats d’un même État, la question de la souveraineté ne peut plus être esquivée.

Le Niger peut inviter des partenaires étrangers à combattre les groupes terroristes qui attaquent son territoire. C’est une coopération militaire classique. Mais intervenir contre des soldats nigériens engagés dans une crise politique et militaire intérieure relève d’une tout autre nature. On passe alors du partenariat sécuritaire à une forme de participation directe à la décision de savoir quelle faction de l’appareil d’État doit l’emporter.

Si ses hommes meurent, Barmou doit savoir pourquoi

C’est ici que la position attribuée à Barmou prend tout son sens politique. Un chef militaire peut accepter de conduire ses hommes au combat. Il peut accepter le risque de perdre des soldats. Mais il est difficilement concevable qu’il soit tenu à l’écart des décisions qui déterminent leur survie, surtout lorsque des moyens militaires étrangers sont engagés contre eux.

Si des soldats nigériens doivent mourir, leur chef doit savoir qui les frappe, avec quels moyens et sur quelle décision. C’est une question élémentaire de responsabilité militaire.

Voilà pourquoi réduire Barmou à l’image d’un « traître » ou d’un « vendu » serait trop simpliste. Son remplacement peut s’interpréter autrement : comme le signe d’un désaccord sur la chaîne de commandement, sur les conditions d’emploi des forces étrangères ou sur la place accordée à l’Africa Corps dans les affaires militaires nigériennes. Mais cette interprétation reste, à ce stade, une hypothèse. Aucun document public ne permet encore d’établir que Barmou aurait effectivement refusé une opération de drones ou qu’il aurait démissionné pour cette raison.

Le vrai problème : Tiani et la souveraineté

Le débat ne devrait donc pas se limiter au sort personnel de Barmou. Il doit porter sur le choix politique du général Abdourahamane Tiani. Le CNSP se présente depuis 2023 comme le défenseur de la souveraineté nigérienne. Le régime a rompu avec la France, demandé le départ des forces américaines et renforcé son alliance avec la Russie.

Ce discours de souveraineté devient toutefois difficile à défendre lorsque, dans une crise interne, le pouvoir doit s’appuyer sur une force étrangère pour reprendre le contrôle d’une base militaire stratégique. Le paradoxe est brutal : au nom de la souveraineté, Niamey a réduit certaines coopérations occidentales ; au nom de la survie du régime, il accepte désormais une implication russe directe dans une confrontation entre Nigériens. Ce paradoxe mérite davantage qu’un communiqué officiel.

Barmou écarté, les questions restent

Le général Barmou a été remplacé. Le général Kiaou prend désormais la tête des armées. Officiellement, aucune raison n’a été donnée à cette réorganisation. Mais le calendrier interpelle : moins de deux semaines après une mutinerie qui a révélé de profondes fractures dans l’armée, le CNSP change deux des principaux échelons de sa hiérarchie militaire.

Le problème ne disparaît pas pour autant. Il reste celui de la cohésion de l’armée. Celui de la responsabilité du commandement. Celui de la place des forces étrangères. Et surtout celui de la souveraineté réelle du Niger.

Salaou Barmou n’a peut-être pas été un héros. Il n’a pas non plus été publiquement établi comme un traître. Il est aujourd’hui un général écarté, après une crise militaire au cours de laquelle une force russe a contribué à écraser une rébellion de soldats nigériens.

Le véritable sujet n’est donc pas de savoir s’il faut salir ou sanctifier Barmou. Le véritable sujet est de savoir si, au Niger, la souveraineté proclamée par le CNSP s’applique aussi lorsque la survie du pouvoir est en jeu. Et sur ce point, le silence du général Tiani est peut-être plus lourd que le départ du général Barmou.