Maintenir les prix à la pompe a un revers. Au Niger, la Société nationale des pétroles (Sonidep) devrait accuser une perte nette de 28 milliards de FCFA en 2026. C’est ce que révèle une analyse du Fonds monétaire international (FMI), qui pointe du doigt la conjonction d’une demande intérieure galopante et de factures d’importation de plus en plus salées.
Quand la politique nigériane rebat les cartes
Le déclencheur de cette fragilité financière se situe hors des frontières du Niger. La décision du président nigérian Bola Tinubu de supprimer les subventions sur l’essence a provoqué un report massif de la demande vers le pays voisin. Le carburant nigérien, artificiellement maintenu à un niveau bas par l’État, est devenu bien plus compétitif que celui du géant voisin. Résultat : la consommation locale s’envole et les flux transfrontaliers s’intensifient.
Dans ce contexte, la Société de raffinage de Zinder (Soraz) ne parvient plus à couvrir l’ensemble du marché national, sa production étant plafonnée. Pour éviter la pénurie, la Sonidep a dû importer massivement du carburant acheté au prix fort sur les marchés internationaux, avant de le revendre à perte sur le territoire.
Une facture globale de 42 milliards de FCFA
Pour ne pas toucher aux prix à la pompe et préserver le pouvoir d’achat des ménages, la note des subventions liées aux importations est évaluée à 42 milliards de FCFA pour 2026. Cette ardoise pèse lourdement sur les comptes de l’opérateur public :
- 15 milliards de FCFA seront prélevés sur le mécanisme et le fonds de stabilisation des prix de la Sonidep, ce qui assèche ses réserves de précaution.
- Les 28 milliards restants se traduiront par une perte nette directement inscrite dans les comptes de l’entreprise d’État.
Le Trésor public perd ses dividendes
Les conséquences de cet arbitrage ne s’arrêtent pas au bilan de la Sonidep. Elles touchent aussi les caisses de l’État. Le gouvernement espérait encaisser 3,3 milliards de FCFA de dividendes au titre des performances de la société publique. Mais les nouvelles projections du FMI ramènent cette recette à zéro.
En choisissant de faire porter le choc pétrolier par la Sonidep plutôt que par une hausse des prix à la pompe ou un contrôle strict des flux transfrontaliers, les autorités préservent la paix sociale à court terme. Une stratégie qui pose toutefois la question de la solidité financière du principal distributeur national, désormais contraint de sacrifier sa rentabilité et ses fonds propres pour jouer les boucliers tarifaires.