15 septembre 2026
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Un encours cumulé qui dépasse les 7 700 milliards FCFA

Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali et Niger — affichent, au 31 juillet 2026, un encours cumulé de titres publics sur le marché régional de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) de 7 727,38 milliards de francs CFA. Ce montant, révélé par les données du marché, met en lumière une réalité souvent occultée par le discours officiel sur la souveraineté financière.

Il ne s’agit pas d’une dette contractée directement auprès de l’UEMOA en tant qu’institution, mais de titres émis par ces États et souscrits par des investisseurs sur le marché régional. Une distinction essentielle pour comprendre les mécanismes de financement des budgets nationaux.

Burkina Faso : un encours proche des 3 000 milliards FCFA

Avec 2 989,98 milliards FCFA d’encours au 31 juillet 2026, le Burkina Faso représente à lui seul environ 12,4 % de l’encours total des États de l’UMOA, qui s’élève à 24 073,53 milliards FCFA à la même date. Fait notable : cet encours a progressé de 2,46 % sur un mois.

Sur les premiers mois de 2026, Ouagadougou a poursuivi ses opérations sur le marché régional tout en honorant ses échéances. En mai, le pays a ainsi levé 99,50 milliards FCFA en obligations du Trésor et remboursé 72,04 milliards FCFA. Une gestion active qui montre que le financement régional reste un instrument privilégié de trésorerie, en dépit des déclarations politiques.

Mali : plus de 2 600 milliards FCFA d’encours

Le Mali affichait, à la même date, un encours de 2 606,93 milliards FCFA, soit environ 10,8 % du total régional. Fin mai 2026, l’encours malien atteignait déjà 2 637,64 milliards FCFA. Au cours de ce mois, Bamako a mobilisé 93,50 milliards FCFA et remboursé 110,07 milliards FCFA.

Cette dualité — emprunter et rembourser simultanément — relève d’une gestion classique de la dette. La question centrale n’est donc pas de savoir si le Mali emprunte, mais à quel rythme, à quel coût et pour financer quelles dépenses.

Niger : une progression spectaculaire de l’encours

Le Niger présentait un encours de 2 130,47 milliards FCFA au 31 juillet 2026, représentant environ 8,9 % de l’encours total de l’UMOA. Mais c’est l’évolution qui retient l’attention : entre avril et mai 2026, l’encours nigérien est passé de 1 732,05 milliards à 2 120,45 milliards FCFA, soit une hausse de près de 388,4 milliards FCFA en un mois.

Cette progression s’explique par d’importantes opérations de financement et de reprofilage de la dette. En mai 2026, le Niger a mobilisé 567,49 milliards FCFA, dont 519,51 milliards en obligations du Trésor et 47,97 milliards en bons, tout en remboursant 191,31 milliards FCFA. Quelques jours plus tôt, une opération de grande ampleur avait permis de traiter 446,386 milliards FCFA de titres, dont environ 59,710 milliards FCFA de titres de court terme rachetés pour réduire les tensions de trésorerie. Les ressources nettes dégagées étaient estimées à environ 327 milliards FCFA.

Le poids de l’AES dans le paysage financier régional

En additionnant les encours des trois pays au 31 juillet 2026, on obtient 7 727,38 milliards FCFA. À titre de comparaison, l’ensemble des États de l’UMOA totalisait 24 073,53 milliards FCFA d’encours. Les trois pays de l’AES représentaient donc à eux seuls environ 32,1 % de l’ensemble de l’encours régional.

Une contradiction avec le discours de souveraineté ?

Le discours politique des autorités de l’AES met en avant la souveraineté, la rupture avec les dépendances extérieures et le financement de l’effort national par les ressources propres. Pourtant, les chiffres du marché régional racontent une histoire plus nuancée.

Il serait faux d’affirmer que ces trois États sont totalement dépendants du marché régional. Il serait tout aussi faux de prétendre qu’ils ont cessé d’y recourir. Les données montrent au contraire une utilisation persistante et massive du marché financier régional, qui constitue depuis longtemps un canal normal de financement des budgets dans l’espace monétaire ouest-africain.

La question politique et économique demeure : peut-on présenter une politique comme totalement autonome lorsque plusieurs milliers de milliards de francs CFA sont levés auprès d’investisseurs régionaux pour financer les besoins de l’État ? La réponse nécessite de dépasser les slogans.

Le paradoxe de l’AES après le retrait de la CEDEAO

Le paradoxe est d’autant plus intéressant que le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté la CEDEAO. Politiquement, les trois pays affirment vouloir construire une trajectoire autonome. Financièrement, ils continuent pourtant à utiliser le marché régional de l’UMOA, qui repose largement sur les banques et investisseurs de l’espace ouest-africain.

Une analyse publiée fin 2025 faisait état d’une diminution de l’exposition des investisseurs des autres pays de l’UEMOA à la dette des États de l’AES : leur détention était passée de 3 174 milliards à 2 801 milliards FCFA, soit une baisse de 373 milliards FCFA entre le quatrième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025. Dans le même temps, les détentions croisées de titres entre les trois pays de l’AES avaient diminué de 622 milliards FCFA, pour atteindre environ 3 160 milliards FCFA.

Ce phénomène mérite d’être surveillé : lorsque les investisseurs deviennent plus prudents, le financement peut devenir plus coûteux et plus difficile.

Le véritable indicateur : le coût de la dette

Le montant de l’encours ne suffit pas à juger de la soutenabilité de la dette. Plusieurs paramètres doivent être pris en compte :

  • les taux d’intérêt ;
  • les échéances ;
  • le montant annuel des remboursements ;
  • la capacité de mobilisation fiscale ;
  • la croissance économique ;
  • la part consacrée aux dépenses sécuritaires ;
  • la capacité à renouveler les emprunts arrivant à échéance.

C’est précisément là que réside le risque. Un État peut avoir un encours élevé mais maîtrisé s’il dispose de recettes suffisantes et d’une croissance solide. À l’inverse, un État peut rencontrer de graves difficultés avec une dette moins importante si une grande partie des titres arrive simultanément à échéance ou si les taux d’intérêt deviennent trop élevés.

Le cas nigérien : un aperçu des mécanismes

Le Niger illustre parfaitement cette mécanique. En mai 2026, le pays a mobilisé 567,49 milliards FCFA, mais il a également remboursé 191,31 milliards FCFA. Une autre opération a porté sur 446,386 milliards FCFA, dont une partie servait à racheter des titres arrivant à échéance.

Cela signifie qu’une partie des nouvelles ressources ne constitue pas nécessairement de l’argent nouveau disponible pour financer des projets. Elle peut servir à refinancer une dette existante. C’est un mécanisme courant sur les marchés obligataires, mais il faut le dire clairement : lever plusieurs centaines de milliards ne signifie pas automatiquement que ces centaines de milliards viennent s’ajouter intégralement aux ressources disponibles pour le développement.

Le piège des annonces de « milliards mobilisés »

Lorsqu’un gouvernement annonce une émission de 500 milliards FCFA, plusieurs questions s’imposent :

  • Combien est réellement nouveau ?
  • Combien sert à rembourser des titres anciens ?
  • Quel est le taux d’intérêt ?
  • Quelle est la durée ?
  • Quelle sera la facture totale pour le contribuable ?

Dans le cas du Niger, l’opération de mai 2026 montre parfaitement pourquoi cette distinction est indispensable : 446,386 milliards FCFA de montant brut traité, mais environ 327 milliards FCFA de ressources nettes dégagées. La différence n’est pas un détail comptable. Elle change complètement la lecture politique du chiffre.

Conclusion : la souveraineté n’efface pas la dette

Le débat sur l’AES ne devrait donc pas opposer simplement « souveraineté » et « dépendance ». Les chiffres racontent quelque chose de plus complexe. Au 31 juillet 2026, le Burkina Faso, le Mali et le Niger cumulaient 7 727,38 milliards FCFA d’encours de titres publics sur le marché régional de l’UMOA.

Ce n’est pas une dette directement due à l’UEMOA en tant qu’organisation. C’est une dette envers les investisseurs ayant souscrit aux titres émis par ces États. Mais le constat demeure : les trois pays qui revendiquent une plus grande autonomie financière continuent de dépendre largement du financement obligataire régional pour couvrir leurs besoins.

La vraie question n’est donc plus de savoir si l’AES emprunte. Elle est de savoir jusqu’où ces États peuvent continuer à emprunter sans que le coût de cette « souveraineté financière » ne finisse par peser lourdement sur leurs budgets futurs.