15 septembre 2026
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Trois années se sont écoulées depuis que le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a pris le pouvoir à Niamey. Les responsables de la transition avaient alors promis de rétablir la sécurité et de rendre au Niger sa souveraineté. Aujourd’hui, une interrogation demeure : cette promesse a-t-elle véritablement transformé le quotidien des populations exposées aux attaques des groupes armés ?

Une rhétorique sécuritaire qui ne franchit pas les portes de la capitale

Dès son accession au pouvoir, le CNSP a placé la question sécuritaire au cœur de sa légitimité. Le renversement du président Mohamed Bazoum avait été justifié par la dégradation de la situation sécuritaire, avec l’engagement explicite de faire mieux. Pourtant, dans les régions les plus vulnérables, notamment dans l’ouest du pays, les attaques continuent de rythmer la vie des habitants. Un constat s’impose : les responsables de la transition se rendent rarement dans les zones directement frappées, au moment où les populations y affrontent les conséquences des violences.

Les autorités communiquent depuis la capitale, annoncent des opérations, saluent des victoires militaires et promettent des réponses. Mais pour les communautés qui vivent à proximité des zones les plus dangereuses, les questions restent concrètes : qui vient constater les dégâts ? Qui rencontre les familles touchées ? Qui explique ce qui s’est passé et ce qui sera fait pour empêcher que cela ne se reproduise ? Un pouvoir qui a fait de la sécurité sa principale justification ne peut durablement se contenter de parler de guerre depuis les bureaux de Niamey.

Niamey sous haute surveillance, les périphéries sous pression

Le système mis en place depuis le coup d’État révèle un paradoxe saisissant. Au sommet de l’État, la sécurité du régime est devenue une priorité absolue. Les signes de méfiance au sein de l’appareil militaire, les changements dans la hiérarchie et la multiplication des dispositifs de contrôle témoignent d’un pouvoir préoccupé avant tout par sa propre stabilité. Pendant ce temps, loin du centre politique, les populations restent confrontées à une autre insécurité : celle qui tue, déplace, ferme des écoles, détruit l’économie locale et bouleverse le quotidien.

Deux réalités semblent coexister. D’un côté, un pouvoir concentré sur sa survie et la sécurisation de son appareil. De l’autre, des citoyens qui attendent encore que la promesse de protection faite au lendemain du coup d’État se traduise concrètement dans leur vie quotidienne. La souveraineté, pourtant, ne devrait pas s’arrêter aux portes de Niamey.

Les populations paient le prix d’un conflit qui les dépasse

Derrière chaque communiqué militaire, il existe une réalité que les chiffres officiels racontent rarement dans toute sa dimension. Il y a les familles qui quittent leurs villages, les agriculteurs qui hésitent à rejoindre leurs champs, les commerçants dont les activités sont paralysées, les enfants dont la scolarité est perturbée, et des communautés entières qui vivent dans l’attente de la prochaine attaque.

C’est précisément dans ces territoires que devrait se mesurer la réussite ou l’échec de la transition. Pas seulement dans les cérémonies officielles, ni uniquement dans les discours sur la souveraineté, mais dans la capacité de l’État à protéger ceux qui n’ont ni escorte, ni palais, ni dispositif spécial de sécurité. Le problème n’est pas seulement militaire ; il est également politique. Car lorsqu’une population a le sentiment que ses dirigeants sont visibles pour les cérémonies et les annonces, mais absents lorsque le danger frappe, la confiance commence inévitablement à s’effriter.

Communication et présence : l’équation non résolue de la transition

Le CNSP a construit une part importante de son image sur la rupture avec l’ancien système. Nouveaux partenaires, nouveau discours diplomatique, dénonciation des influences étrangères : la communication autour de la souveraineté est devenue l’un des piliers du régime. Mais la communication ne remplace pas une présence.

Un État peut annoncer des victoires, dénoncer ses adversaires et mobiliser le vocabulaire du patriotisme et de la résistance. Une question demeure toutefois : les populations se sentent-elles réellement davantage protégées ? C’est là que le discours officiel rencontre ses limites. La souveraineté ne se mesure pas uniquement au nombre de partenaires étrangers que l’on chasse ou que l’on accueille. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à contrôler son territoire et à protéger ses citoyens, particulièrement ceux qui vivent dans les zones les plus vulnérables. Or, lorsque les attaques continuent et que les populations restent exposées, les slogans finissent par se heurter à une réalité beaucoup plus difficile à maquiller.

Un test de gouvernance qui dépasse un seul homme

La question qui se pose aujourd’hui au Niger dépasse la seule personne du général Abdourahamane Tiani. Elle concerne tout un système de gouvernance. Peut-on continuer à justifier une prise de pouvoir par l’échec sécuritaire de l’ancien régime sans accepter, trois ans plus tard, d’être soi-même jugé sur le même terrain ? Peut-on revendiquer une proximité avec le peuple tout en laissant les populations des zones les plus exposées attendre une présence plus visible de l’État ? Et surtout, combien de temps une transition peut-elle demander à la population de patienter pendant que la promesse qui a servi de fondement à son arrivée au pouvoir reste largement inachevée ?

Le véritable patriotisme ne se mesure pas à la puissance d’un discours. Il se mesure aussi à la capacité d’un dirigeant à regarder la souffrance de son peuple en face, à se rendre là où l’État est attendu, à assumer les échecs comme les victoires, et à comprendre qu’un pouvoir ne protège pas une nation depuis les seuls bureaux de la capitale.

Le bilan attendu sur le terrain

Au Niger, le pouvoir continue de parler de souveraineté, de sécurité et de rupture. Mais dans les zones où les attaques continuent de frapper, une autre réalité impose ses propres questions. Un régime peut-il se présenter comme le sauveur d’un peuple sans aller à la rencontre de ceux qui vivent au quotidien les conséquences de l’insécurité ?

C’est peut-être là que se trouve le véritable bilan de la transition. Pas dans les slogans, ni dans les cérémonies, ni dans les déclarations télévisées. Mais sur ces routes, dans ces villages et auprès de ces familles qui, lorsque les attaques surviennent, attendent encore de savoir si l’État viendra réellement jusqu’à elles. Car gouverner un pays en guerre ne consiste pas seulement à protéger le pouvoir. Cela consiste d’abord à ne pas laisser le peuple seul face à la guerre.