Tchad : la Chine domine 30 % des importations tandis que les Émirats captent 26 % des exportations
Deux géants façonnent les échanges internationaux du Tchad, mais avec des stratégies aux antipodes.
Pékin, partenaire commercial incontournable du Tchad
Avec plus de 306 milliards de FCFA de marchandises acheminées vers le Tchad en 2025, soit près de 31 % du total des importations, la Chine s’impose comme le principal fournisseur du pays. Ce chiffre dépasse largement celui du Cameroun, deuxième fournisseur avec seulement 108 milliards de FCFA, et de la Libye, troisième avec 86 milliards. Les produits chinois qui inondent le marché tchadien couvrent un large éventail : équipements industriels, articles manufacturés et biens de consommation quotidienne. Cette relation commerciale illustre le modèle classique d’échange Nord-Sud, où le Tchad importe des produits finis tout en exportant des matières premières vers l’Asie.
Les Émirats arabes unis, relais stratégique des exportations tchadiennes
À l’export, le scénario s’inverse. Les Émirats arabes unis s’érigent en premier partenaire avec 333 milliards de FCFA d’achats, représentant 26 % des exportations tchadiennes. Ils devancent la Malaisie (298 milliards) et l’Allemagne (280 milliards). Leur rôle ne se limite pas à la simple acquisition : les Émirats agissent comme des plateformes de transit et de redistribution. Le pétrole brut tchadien y est souvent transbordé, parfois transformé ou mélangé, avant d’être réexpédié vers d’autres continents. Si cette intermédiation profite aux Émirats, elle prive le Tchad d’une visibilité sur l’usage final de ses ressources naturelles.
Une concentration des échanges aux conséquences majeures
Les données révèlent une dépendance préoccupante : 31 % des importations proviennent de Chine, tandis que 26 % des exportations sont absorbées par les Émirats. Les dix premiers fournisseurs du Tchad représentent près de 80 % de ses importations, et les dix premiers clients captent 99 % de ses exportations. Malgré une diversification relative à l’importation (Inde, Togo, Brésil, Turquie), la Chine reste le partenaire incontournable. À l’export, les flux sont encore plus concentrés, avec des risques accrus pour l’économie tchadienne en cas de fluctuations des prix ou de tensions géopolitiques.
L’Occident en retrait face aux puissances émergentes
La France, malgré son héritage colonial, ne représente que 5 % des importations tchadiennes (51 milliards de FCFA), se classant sixième. Les États-Unis, bien que présents, ne dépassent pas 5 % non plus. Ces chiffres soulignent un basculement progressif des partenariats commerciaux du Tchad vers l’Asie, le Moyen-Orient et les économies émergentes, au détriment des anciennes puissances occidentales.
Vers une rééquilibration des dépendances commerciales ?
Cette cartographie des échanges met en lumière une réalité : le Tchad vend à un nombre restreint de clients très concentrés et achète massivement auprès de quelques fournisseurs dominants. Une telle configuration expose l’économie nationale à des vulnérabilités. Une stratégie de diversification commerciale, tant à l’import qu’à l’export, s’impose pour atténuer les risques et renforcer la résilience économique du pays.