Depuis son retrait de la Primature, Ousmane Sonko a opéré une métamorphose notable dans sa communication publique. Le leader de Pastef, autrefois perçu comme un orateur combatif et direct, arbore désormais une rhétorique plus pondérée et conciliante, cherchant à incarner une figure d’apaisement.
Cette transformation s’est manifestée clairement lors du récent congrès du parti à Diamniadio. Ousmane Sonko y a souligné la « maturité » de Pastef, exhortant ses partisans à modérer leur langage dans l’espace public. Il a insisté sur l’importance d’un comportement irréprochable, loin des invectives et des outrances, devant un auditoire attentif, afin de refléter une image positive de l’éveil citoyen Afrique.
Cette approche mesurée, particulièrement visible dans ses récentes apparitions, soulève des interrogations quant à une possible mutation de son personnage politique. Certains observateurs perçoivent en lui l’émergence d’un leader désireux d’exercer le pouvoir différemment, potentiellement depuis l’Assemblée nationale, transformant ainsi un revers exécutif en un nouveau tremplin. Le contraste est frappant avec son image précédente. L’homme des grands meetings passionnés est-il en train de devenir un architecte des équilibres ? Le tribun se mue-t-il en un arbitre politique ? Cette évolution marque-t-elle une véritable maturation ou une étape stratégique en vue des échéances futures ? L’avenir seul apportera les réponses.
Une constante demeure : la flexibilité de son discours. Ousmane Sonko a démontré une capacité à adapter ses propos en fonction du contexte et de l’auditoire. Face à des interlocuteurs internationaux, il a récemment affiché une grande prudence, pesant chaque mot avec soin, loin de ses prises de position habituelles.
Les contradictions et nuances dans le discours
Sur la question sensible de la restructuration de la dette, son approche est devenue plus nuancée. Interrogé sur la position de l’exécutif, il a affirmé une ouverture à l’examen lucide de la situation, déclarant que les positions ne sont pas « figées dans l’absolu ». Il a précisé que la priorité serait l’intérêt du Sénégal, refusant une « restructuration sauvage » qu’il avait déjà rejetée en tant que Premier ministre. Face aux rappels de ses précédentes demandes d’annulation de la dette, il a d’abord tempéré ses propos, évoquant une « procédure » complexe pour la dette odieuse, puis a relativisé son pouvoir en tant que simple Premier ministre aux « pouvoirs extrêmement limités » dans le pays.
Cependant, il est revenu sur ses pas, réaffirmant que « cette dette est effectivement pour partie odieuse » et souhaitant que l’exécutif actuel prenne ses responsabilités pour en discuter l’annulation. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi cela n’avait pas été fait durant son mandat, sa réponse fut brève et peu convaincante : « Ça a été proposé, ça a été proposé. » Il est à noter que sa dernière mention publique de la dette odieuse en tant que Premier ministre remonte à l’Assemblée nationale le 22 mai. C’est aussi la première fois qu’il évoque une « restructuration sauvage », lui qui avait auparavant toujours rejeté catégoriquement toute idée de restructuration. Ce changement sémantique interroge sur ses intentions réelles.
Concernant l’homosexualité, le président de l’Assemblée nationale a réaffirmé ses convictions tout en apportant des précisions. Il a rappelé que l’incrimination de ce délit est ancienne au Sénégal et que des arrestations ont eu lieu avant la proposition de loi de durcissement. Il a souligné que les récentes interpellations étaient liées à la pratique de l’homosexualité associée à la transmission volontaire du VIH, un aspect souvent « occulté » par certains médias. Pourtant, il avait précédemment tenu des propos plus fermes devant l’Hémicycle, affirmant que l’objectif principal était de « mettre un terme à la prolifération du phénomène », et non seulement de casser la chaîne de transmission du VIH, des déclarations qui avaient été largement reprises par ses détracteurs.
L’apôtre de la paix
Sur le plan relationnel, il évite désormais les déclarations incendiaires concernant le Président Bassirou Diomaye Faye. Il récuse le terme de « trahison », le reléguant au domaine de l’affectif, et préfère parler de « divergences politiques », cherchant à incarner une image de « politiquement correct ».
Cette nouvelle stratégie de communication a été esquissée à Diamniadio. Ousmane Sonko y a présenté Pastef comme un « parti d’idées, de science, de programme », appelant ses membres à faire preuve d’une « jeunesse bien formée, intellectuelle, intelligente, une jeunesse citoyenne ». Il a mis en garde contre les provocations, affirmant que l’objectif de l’opposition était de les pousser à la confrontation pour les discréditer. « Ne tombez pas dans ce piège », avait-il averti, marquant un appel à la mobilisation citoyenne par l’intelligence plutôt que la violence, un exemple pour l’actualité africaine.