13 mai 2026
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Ce que l’on sait de la tentative de coup d’État au Bénin ce dimanche matin  (Photo du président du Bénin Patrice Talon)
MATEUS BONOMI / AGIF via AFP
Ce que l’on sait de la tentative de coup d’État au Bénin ce dimanche matin (Photo du président du Bénin Patrice Talon)

Le gouvernement du Bénin a annoncé avoir déjoué une tentative de coup d’État à Cotonou le 7 décembre au matin. Des militaires avaient auparavant déclaré à la télévision nationale la destitution du président Patrice Talon.

Selon son entourage, le président Patrice Talon est en sécurité. Il est prévu qu’il quitte ses fonctions en avril prochain, après avoir effectué deux mandats à la tête de cette nation côtière d’Afrique de l’Ouest. Le Bénin, reconnu pour sa croissance économique stable, est néanmoins confronté à des défis sécuritaires liés aux violences jihadistes dans sa région septentrionale.

En ce dimanche midi, l’ambiance à Cotonou demeurait incertaine. Des tirs ont résonné dans la principale ville économique, et des militaires entravaient l’accès au palais présidentiel. Parallèlement, la vie quotidienne des habitants semblait se poursuivre normalement dans d’autres quartiers de la ville.

Le « Comité militaire pour la refondation » prend la parole

Tôt ce dimanche, huit soldats, arborant des bérets de différentes teintes et équipés de fusils d’assaut, ont fait une déclaration sur la télévision nationale béninoise. Se présentant comme le « Comité militaire pour la refondation » (CMR), ils ont proclamé la destitution du président Patrice Talon.

Le groupe a désigné un lieutenant-colonel comme « président du CMR », justifiant cette tentative de prise de pouvoir par plusieurs motifs. Parmi ceux-ci figuraient la « dégradation persistante de la sécurité dans le nord du Bénin », un prétendu « manque d’attention envers les militaires disparus au combat et leurs familles délaissées », et des « promotions jugées inéquitables au détriment des plus qualifiés ».

Ils ont aussi critiqué ce qu’ils ont qualifié de « remise en question masquée des libertés fondamentales » par le régime en place, tout en formulant diverses revendications sociales.

Le gouvernement reprend le contrôle et assure la sécurité du président

Cependant, l’armée béninoise n’a pas apporté son soutien aux putschistes. Alassane Seidou, le ministre de l’Intérieur du Bénin, a affirmé plus tard à la télévision que « face à cette situation, les forces armées béninoises et leur commandement, respectueux de leur engagement, ont maintenu leur loyauté républicaine. Leur intervention a permis de maîtriser la situation et de contrecarrer cette tentative. » Ces annonces ont coïncidé avec des rapports de tirs entendus à Cotonou ce dimanche, selon des témoignages recueillis par l’AFP.

Plus tôt dans la journée, des sources proches du président Talon avaient déjà indiqué à l’AFP qu’il était en lieu sûr et que les forces armées étaient en train de reprendre le contrôle de Cotonou. « Il ne s’agit que d’un petit groupe d’individus ayant accès à la télévision. L’armée légitime est en train de rétablir l’ordre. La ville (Cotonou) et l’ensemble du pays sont désormais entièrement sécurisés », a précisé cette source.

Un journaliste de l’AFP a constaté que les militaires bloquaient l’accès à la télévision nationale et au palais présidentiel. De même, plusieurs secteurs, dont le Sofitel, un hôtel cinq étoiles de la capitale économique, ainsi que les zones abritant des institutions internationales, étaient également inaccessibles.

Opération de « nettoyage » en cours

Une source militaire, citée par l’AFP, a confirmé que la situation était « sous contrôle » et que les instigateurs de la tentative n’avaient réussi à s’emparer « ni de la résidence du chef de l’État », ni du « siège de la présidence de la République. » « Ce n’est qu’une question de temps avant que la normalité ne soit rétablie. L’opération de nettoyage progresse favorablement », a ajouté cette même source.

Dans un communiqué, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a « fermement condamné cette action anticonstitutionnelle, la qualifiant de subversion de la volonté du peuple béninois ». L’organisation a également exprimé son « soutien au gouvernement et au peuple du Bénin par tous les moyens nécessaires ».

De son côté, l’Union africaine (UA) a affirmé condamner « fermement et sans équivoque » cette tentative de coup d’État, exhortant les militaires à regagner leurs casernes. Dans un communiqué diffusé sur X, l’UA a également appelé « tous les participants à cette tentative de coup d’État à mettre fin immédiatement à toute action illégale » et à « reprendre sans délai leurs fonctions professionnelles ».

Le mandat de Patrice Talon et les critiques d’autoritarisme

L’histoire politique du Bénin est marquée par de multiples coups d’État et tentatives. Patrice Talon, à la tête du pays depuis 2016, devrait conclure son second et dernier mandat constitutionnel en 2026.

Le principal mouvement d’opposition se trouve actuellement exclu de la compétition électorale qui verra s’affronter le parti majoritaire et un candidat qualifié d’« opposant modéré. »

Bien que salué pour les avancées économiques du Bénin, Patrice Talon est fréquemment critiqué par ses opposants pour avoir, selon eux, initié un tournant autoritaire dans une nation jadis reconnue pour la vitalité de sa démocratie.

Depuis le début de cette décennie, la région de l’Afrique de l’Ouest a été le théâtre de plusieurs coups d’État, notamment au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée, et plus récemment, fin novembre, en Guinée-Bissau.