Libreville – La crise de l’eau et de l’électricité au Gabon a longtemps été abordée par le prisme des seules conséquences : coupures, pénuries et mécontentement. Mais une question centrale demeurait : les experts qui connaissent les réseaux et les installations ont-ils été écoutés ?
La récente rencontre entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et les agents de la SEEG au Centre des Métiers Jean Violas d’Owendo pourrait marquer un tournant. Pendant près de trois heures, le chef de l’État a directement entendu les techniciens de terrain.
Le diagnostic est sans appel. Au-delà du vieillissement des infrastructures, la marginalisation de l’expertise technique dans les décisions stratégiques est l’un des maux les plus profonds de la SEEG.
Une place à redonner aux techniciens
Un agent a notamment souligné que les ingénieurs observent depuis longtemps les défaillances, identifient les risques et proposent des solutions, mais leurs recommandations sont souvent ignorées lors des arbitrages. Ce constat reflète une réalité observée dans de nombreuses entreprises publiques : lorsque les décisions s’éloignent des réalités opérationnelles, les dysfonctionnements deviennent structurels.
Électriciens, électromécaniciens et spécialistes de la maintenance ont décrit un système où l’expertise technique n’occupe pas la place qu’elle mérite. Le parallèle avec des groupes comme Boeing ou Mercedes illustre les conséquences d’une perte d’influence des ingénieurs dans la stratégie.
L’eau, un problème de conception
Sur l’approvisionnement en eau, les agents ont expliqué que les coupures ne sont pas le seul problème. La pression insuffisante empêche l’eau d’atteindre certains quartiers ou étages, surtout en saison sèche. La ressource exploitée à partir de la rivière de Ntoum subit l’étiage, ce qui réduit le débit. Une piste évoquée : un captage plus important depuis le fleuve Kango, dont les volumes sont plus stables toute l’année, mais cela nécessiterait de lourds investissements.
Une réforme à bâtir avec les compétences
La création prochaine de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon offre une chance historique de repartir sur de nouvelles bases. Mais la réussite dépendra moins des financements que de la capacité à replacer les savoir-faire techniques au cœur du dispositif. L’échange direct entre le chef de l’État et les agents a montré que les réponses existent souvent à l’intérieur même des organisations.
Les futures entités devront s’appuyer davantage sur leurs ingénieurs et techniciens. Car si l’État peut financer les infrastructures, seule l’expertise du terrain garantit un service public durable. Telle est sans doute la leçon principale que le Gabon tire aujourd’hui de sa crise énergétique et hydraulique.