30 juin 2026
7af3f15e-ed01-4bc3-8fb2-614b1bced4c9

À Tombouctou, le mercure grimpe régulièrement au-delà des 40 degrés à l’ombre. Pourtant, depuis plusieurs jours, plus un ventilateur ne tourne, plus aucun réfrigérateur ne fonctionne, et les robinets restent obstinément secs. La centrale thermique locale, exploitée par la compagnie publique Énergie du Mali (EDM-SA), est complètement à l’arrêt. Faute de carburant pour ses générateurs, toute la cité des 333 saints se retrouve privée d’électricité et d’eau courante, entraînant dans cette chute la Société malienne de gestion de l’eau potable (Somagep). Ce n’est plus simplement une crise des infrastructures ; c’est un blocus invisible qui asphyxie la vie de dizaines de milliers d’habitants.

Le blocus logistique : le carburant transformé en arme

Si Bamako endure des délestages chroniques, Tombouctou subit une double peine liée à sa situation géographique et sécuritaire. La pénurie de carburant, qui dure depuis plus d’un mois, est le résultat direct de l’embargo imposé par les groupes jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Depuis plusieurs mois, ces groupes bloquent les principaux axes routiers vers le nord. Les camions-citernes qui approvisionnaient la ville sont ciblés, arrêtés ou escortés au compte-gouttes. Privée de ses voies de ravitaillement habituelles, la ville dépend de circuits informels ou de convois militaires lents et rares. Le prix du litre de carburant sur le marché noir a explosé, rendant impossible l’autonomie des petits commerces et des générateurs privés.

L’impact sanitaire immédiat

Sans électricité, la chaîne du froid est rompue, menaçant la conservation des aliments et des médicaments. À l’hôpital régional de Tombouctou, la situation frôle la catastrophe. Le personnel doit prioriser les urgences vitales absolues, s’éclairant avec des téléphones portables ou des installations solaires de secours insuffisantes pour couvrir l’ensemble de la structure.

Le désengagement de l’État pointé du doigt

Face à cette urgence, les autorités locales ont annoncé des distributions d’eau potable par camions-citernes pour pallier le manque. Mais ces mesures humanitaires ne masquent pas le ressentiment des habitants. Les Tombouctiens se sentent abandonnés, relégués en périphérie des priorités de la capitale. La promesse de sécuriser les axes stratégiques et d’assurer l’autonomie énergétique peine à se concrétiser. En choisissant une approche exclusivement militaire pour sécuriser les flux, sans parvenir à garantir la continuité des services de base, l’État malien laisse la Somagep et l’EDM impuissantes face aux coupures.

Une ville sous perfusion

Tombouctou ne peut pas vivre indéfiniment sous perfusion de générateurs vides. Si la transition malienne veut prouver sa capacité à administrer l’ensemble de son territoire, la reconquête des services publics de base est aussi cruciale que la reconquête militaire. Tant que les routes resteront coupées et que les citernes d’EDM ne pourront pas rallier le Nord en toute sécurité, la perle du désert continuera de s’éteindre, un quartier après l’autre.