SEEG-Siège-Finances
Libreville, 26 juin 2026 – Après vingt-neuf ans d’existence, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) disparaît au profit de deux entités spécialisées. Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a entériné la création de La Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon, marquant une rupture radicale dans la gestion des services publics essentiels.
Cette réforme ne se limite pas à un simple changement de nom. Elle redessine en profondeur l’organisation de l’eau et de l’électricité, deux piliers du développement gabonais. Annoncée moins de quinze jours après le discours du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, la mesure traduit une volonté d’agir vite sur les dossiers les plus sensibles pour la population. Dans un contexte où les coupures de courant et les difficultés d’accès à l’eau potable sont au cœur des préoccupations quotidiennes, ce chantier devient stratégique pour le quinquennat.
Un modèle arrivé à bout de souffle
Créée en 1997 sous la concession du groupe français Veolia, la SEEG incarnait le modèle de l’opérateur unique gérant à la fois l’eau et l’électricité. Ce schéma, longtemps jugé efficace, a montré ses limites avec le temps. Le retour sous contrôle public en 2018 n’a pas suffi à résorber les faiblesses structurelles : infrastructures vieillissantes, investissements insuffisants, pannes récurrentes et croissance rapide des besoins urbains.
Face à cette situation, les autorités ont opté pour une rupture assumée. La Gabonaise des Eaux se concentrera sur la production, le transport, la distribution et la commercialisation de l’eau potable. Électricité du Gabon prendra en charge la production, le transport, la distribution et la vente d’énergie. Cette spécialisation répond à une logique largement admise : les défis de l’eau et de l’électricité diffèrent profondément et leur gestion groupée diluait les priorités.
Le pari du partenariat public-privé
Le choix du statut de société d’économie mixte révèle une autre ambition. L’État entend conserver le contrôle stratégique tout en ouvrant le capital à des partenaires capables d’apporter expertise technique et financements. Ce modèle, expérimenté dans plusieurs pays africains, combine intérêt général et efficacité privée. Mais sa réussite dépendra de paramètres clés : composition du capital, identité des partenaires, gouvernance, traitement de la dette héritée de la SEEG et transfert des actifs.
Les institutions financières internationales, comme la Banque africaine de développement, suivent ce dossier avec attention. La stabilité énergétique est aussi un enjeu de compétitivité pour les secteurs minier, forestier et pétrolier gabonais.
Un test grandeur nature
Au-delà de l’aspect administratif, la réforme porte une promesse politique : garantir un accès universel à l’eau et à l’électricité pour tous les Gabonais, en ville comme dans les zones reculées. Les autorités y voient un levier de modernisation et de justice territoriale. Mais les citoyens jugeront sur les résultats : réduction des délestages, amélioration de la distribution et fin des pénuries d’eau.
La dissolution de la SEEG constitue l’une des réformes les plus importantes des services publics gabonais depuis des décennies. Elle ouvre une fenêtre historique pour reconstruire le secteur. L’enjeu est désormais de transformer cette ambition en progrès concrets, seuls capables de faire la différence pour les habitants.