3 juin 2026
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L’année 2025 marque le cinquième anniversaire du coup d’État malien qui, en août 2020, a destitué le président Ibrahim Boubacar Keïta. Cet événement a non seulement transformé le paysage politique du Mali, mais a également initié une série de renversements militaires à travers plusieurs nations africaines entre 2020 et 2023.

Des forces armées ont ainsi pris le contrôle des gouvernements au Niger, au Burkina Faso (à deux reprises), au Soudan, au Tchad, en Guinée et au Gabon.

Le retour de ces prises de pouvoir militaires a surpris de nombreux observateurs. Ces pratiques étaient généralement associées à une ère révolue, celle de la Guerre Froide, et semblaient avoir disparu du continent. Pourtant, elles connaissent aujourd’hui une résurgence notable.

Bien qu’aucun nouveau coup d’État n’ait eu lieu depuis celui du Gabon en 2023, les répercussions demeurent significatives. En mai 2025, le général Brice Oligui Nguema, instigateur du coup d’État au Gabon, a été officiellement investi président, rompant ainsi sa promesse de retirer l’armée du pouvoir politique.

Au Mali, la junte en place a dissous l’ensemble des partis politiques, consolidant ainsi son emprise sur le pouvoir.

Dans toutes les nations affectées, les dirigeants militaires restent fermement en place. Le Soudan, quant à lui, a plongé dans une guerre civile dévastatrice suite au coup d’État de 2021.

Les analystes attribuent souvent ces coups d’État à la fragilité des institutions, à l’insécurité grandissante et au mécontentement populaire envers les gouvernements civils. Bien que ces facteurs soient pertinents, ils ne suffisent pas à expliquer pleinement la complexité de cette dynamique.

Après près d’une décennie d’études et de publications sur les coups d’État militaires, et en particulier sur cette vague de renversements, mon analyse révèle que la communauté internationale doit ajuster sa perception. Ces événements ne sont pas des incidents isolés. Ils s’inscrivent dans une logique interconnectée. Les chefs de junte ne se contentent pas de prendre le pouvoir ; ils s’inspirent mutuellement, apprennent à s’établir durablement, à contourner les pressions internationales et à élaborer un discours légitimant leur autorité.

Pour mieux protéger la démocratie en Afrique de l’Ouest, la communauté internationale doit intégrer cinq enseignements clés tirés des récentes prises de pouvoir militaires.

Leçons cruciales pour la stabilité régionale

L’effet de contagion des coups d’État: Moins d’un mois après le renversement du président Alpha Condé par l’armée guinéenne, l’armée soudanaise interrompait la transition démocratique dans son pays. Trois mois plus tard, des officiers burkinabés destituaient le président Roch Marc Christian Kaboré dans un contexte d’insécurité croissante.

Chaque coup d’État a eu ses propres catalyseurs, mais la concomitance des événements suggère bien plus qu’une simple coïncidence.

Les putschistes potentiels observent attentivement les développements ailleurs. Ils évaluent non seulement la réussite d’un coup, mais aussi les défis qui en découlent. Une répression ferme et des sanctions conséquentes à l’encontre des putschistes pourraient dissuader de futures tentatives.

La propagation des coups d’État dépend autant des risques perçus que des opportunités. Cependant, lorsque les coups d’État réussissent, surtout si les nouveaux dirigeants prennent rapidement le contrôle et évitent une instabilité immédiate, cela envoie un signal encourageant à d’autres militaires tentés par le pouvoir.

L’importance du soutien civil: Le soutien populaire aux coups d’État représente une dimension cruciale et souvent sous-estimée.

Depuis le début de la récente vague de coups d’État en Afrique, de nombreux observateurs ont noté les foules en liesse accueillant les soldats, célébrant la chute de régimes impopulaires. Ce soutien civil, bien que souvent négligé, est fondamental.

Il confère une légitimité aux nouveaux régimes militaires et leur permet de mieux résister aux critiques, qu’elles soient internes ou internationales. Par exemple, après le coup d’État de 2023 au Niger, face à la condamnation internationale et à la menace d’une intervention militaire, des milliers de partisans se sont rassemblés à Niamey pour exprimer leur soutien aux dirigeants putschistes.

Au Mali, des manifestants ont envahi les rues en 2020 pour saluer le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta par l’armée. En Guinée, des foules se sont mobilisées derrière la junte après la destitution d’Alpha Condé en 2021. Et au Burkina Faso, les deux coups d’État de 2022 ont été accueillis par une approbation généralisée.

L’impact des réactions internationales: La réponse de la communauté internationale envoie des signaux tout aussi puissants. L’inefficacité, la lenteur ou l’incohérence de ces réactions – par exemple, l’absence de sanctions substantielles, la suspension symbolique de l’aide ou l’exclusion purement formelle des instances régionales – peuvent involontairement signaler que l’usurpation du pouvoir n’entraîne pas de conséquences majeures.

Les réactions internationales aux récents coups d’État ont été variables. Certaines situations, comme celle du Niger, ont provoqué des réponses initiales fortes, incluant des sanctions et des menaces d’intervention militaire.

Cependant, au Tchad, la prise de pouvoir de Mahamat Déby en 2021 a été légitimée par des acteurs internationaux majeurs, qui l’ont présentée comme une mesure nécessaire pour garantir la stabilité après la mort au combat de son père, le président Idriss Déby, face aux forces rebelles.

En Guinée et au Gabon, les mesures de suspension régionales sont restées largement symboliques, avec peu de pression concrète pour un retour au pouvoir civil. Au Mali et au Burkina Faso, les calendriers de transition ont été prolongés à plusieurs reprises sans rencontrer d’opposition significative.

Cette incohérence suggère aux instigateurs de coups d’État que, si la prise de pouvoir peut susciter l’indignation, elle entraîne rarement des répercussions durables.

Les putschistes apprennent les uns des autres: La dynamique d’imitation ne se limite pas à l’instant même de la prise de pouvoir. Les auteurs de coups d’État tirent également des leçons de la manière dont leurs prédécesseurs ont réussi à se maintenir au pouvoir. Ils analysent les stratégies efficaces pour neutraliser l’opposition et consolider leur mainmise sur le pouvoir.

Généralement, dans les pays concernés, le pouvoir militaire s’inscrit dans la durée. En moyenne, les dirigeants militaires sont restés au pouvoir pendant près de 1 000 jours depuis le début de cette vague actuelle. Avant cela, depuis l’an 2000, les dirigeants militaires conservaient le pouvoir pendant une moyenne de 22 jours.

Au Tchad, Mahamat Déby a consolidé son pouvoir grâce à des élections contestées en 2024. Le Gabonais Nguema a suivi cet exemple en 2025, remportant près de 90 % des voix après des modifications constitutionnelles qui lui ont ouvert la voie.

Dans ces deux cas, les processus électoraux ont servi à conférer une façade démocratique à des régimes militaires, sans pour autant altérer fondamentalement le rôle prédominant de l’armée.

Connecter les points pour une meilleure compréhension

Les gouvernements issus des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont délaissé l’Occident pour se rapprocher de la Russie, renforçant ainsi leurs partenariats militaires et économiques. Ces trois nations ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), dénonçant les pressions régionales.

Cet alignement avec la Russie offre à ces régimes un soutien extérieur et une apparence de souveraineté, tout en légitimant l’autoritarisme sous le couvert de l’indépendance.

La dernière leçon est limpide : lorsque les coups d’État sont perçus comme des incidents isolés plutôt que comme des phénomènes interconnectés, le risque d’en voir d’autres se multiplier est élevé. Les comploteurs potentiels observent la réaction des citoyens, la réponse de la communauté internationale et la manière dont les autres leaders putschistes consolident leur pouvoir.

Si le message qu’ils reçoivent est que les coups sont tolérés et peuvent aboutir, l’effet dissuasif s’affaiblit considérablement.