3 juin 2026
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Des exactions massives contre la communauté peule au Mali

Depuis janvier 2025, l’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont accusés d’avoir commis des crimes de guerre contre des civils peuls. Selon les informations recueillies, des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées ont été recensées, ciblant spécifiquement des hommes de l’ethnie peule, accusés de collusion avec des groupes armés islamistes.

Un bilan accablant : exécutions et disparitions

  • Au moins 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées documentées depuis janvier 2025.
  • Des opérations de contre-insurrection menées conjointement par l’armée malienne et Wagner contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
  • Des témoignages recueillis par des organisations internationales confirment des violences ciblées contre la communauté peule, perçue comme un soutien aux islamistes.

« La junte militaire malienne porte la responsabilité ultime des exactions commises par ses troupes et celles de Wagner », déclare une experte en droits humains. « Il est impératif que les autorités mettent fin à ces abus, localisent les détenus disparus et jugent les coupables. »

Des opérations meurtrières dans plusieurs régions

Région de Kayes : un massacre à Sebabougou

Le 12 avril 2025, plus de 100 hommes peuls ont été arrêtés dans le village de Sebabougou, accusés de collaborer avec des groupes terroristes. Selon des sources sécuritaires, la majorité d’entre eux ont été exécutés en détention. Des proches ont retrouvé 43 corps près d’un camp militaire de Kwala, suggérant des massacres systématiques. Seuls 25 détenus ont été libérés sans inculpation après plusieurs semaines.

Région de Ségou : violences et exécutions arbitraires

Le 19 mars 2025, l’armée malienne et des combattants de Wagner ont arrêté 12 hommes peuls à Kourma, les accusant de liens avec le GSIM. Les victimes, battues et détenues dans des conditions inhumaines, restent portées disparues. Le 30 mars, six civils peuls ont été exécutés sommairement à Belidanédji, après un affrontement avec des islamistes. Un survivant témoigne : « Les soldats ne faisaient aucune distinction entre nous et les djihadistes. Ils nous considéraient tous comme des ennemis. »

Région de Tombouctou : des scènes d’horreur à Farana

Le 26 mars 2025, quatre pêcheurs peuls ont été battus à mort par des soldats maliens au bord de la rivière Farana. Un témoin décrit une « mare de sang » et des restes humains dispersés, confirmant la brutalité des exactions.

Un contexte de tensions ethniques et de radicalisation

Les groupes armés islamistes, dont le GSIM, recrutent activement au sein de la communauté peule, exacerbant les tensions avec les autorités maliennes. Depuis des années, les gouvernements successifs du Mali ont associé les Peuls aux terroristes, les plaçant dans une position de vulnérabilité extrême. Les opérations conjointes de l’armée et de Wagner, bien que visant officiellement les islamistes, se transforment souvent en chasses aux Peuls.

Un éleveur peul de 35 ans, dont le père a été tué par des soldats, résume ainsi la situation : « Si vous fuyez, les djihadistes vous accusent de trahir leur cause ; si vous restez, l’armée et Wagner vous tuent. »

Appels à l’action : l’Union africaine et la justice internationale

L’Union africaine est appelée à renforcer sa pression sur les autorités maliennes pour protéger les civils et soutenir les enquêtes sur les crimes commis. Le retrait de la mission de maintien de la paix de l’ONU en 2023 a laissé un vide sécuritaire, aggravant la crise humanitaire. Par ailleurs, le Mali, signataire du Statut de Rome, pourrait faire l’objet de poursuites devant la Cour pénale internationale pour les crimes documentés.

« Les responsables maliens et russes doivent savoir qu’ils risquent des poursuites pour ces crimes », alerte une experte. « Que l’Union africaine agisse ou que la CPI intervienne, la justice finira par s’appliquer. »

Contexte historique : la guerre au Mali et l’implication de Wagner

Depuis 2012, le Mali est en proie à une insurrection jihadiste, opposant les forces gouvernementales à des groupes comme le GSIM et l’État islamique au Sahel. La junte militaire, arrivée au pouvoir en 2021, s’est tournée vers la Russie et le groupe Wagner pour renforcer ses capacités militaires. Officiellement, Bamako dément la présence de Wagner, mais des rapports d’ONG et de médias confirment leur implication dans des exactions massives.

En juin 2023, Moscou a reconnu que des « instructeurs » russes, liés à Wagner, opéraient au Mali. Cependant, leur retrait annoncé en 2025 coïncide avec l’arrivée d’un nouveau groupe paramilitaire, Africa Corps, sous contrôle direct du Kremlin, suscitant des craintes quant à la continuité des violences.

Violations du droit international et responsabilités

Les Conventions de Genève et le droit coutumier de la guerre interdisent les exécutions sommaires, les disparitions forcées et la torture. Le Mali, partie au Statut de Rome et à la Convention contre les disparitions forcées, est tenu de traduire en justice les auteurs de ces crimes. Pourtant, les enquêtes officielles restent rares, et les familles des victimes sont laissées sans réponses.

Une experte en droits humains souligne : « Les détentions secrètes et les exécutions arbitraires violent les lois internationales. Les responsables doivent rendre des comptes. »