Un bouleversement politique d’une ampleur inédite frappe le Sénégal et, par ricochet, l’ensemble de la sous-région ouest-africaine. En ce vendredi 22 mai 2026, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a formellement destitué son Premier ministre et ancien mentor, Ousmane Sonko. Cette mesure drastique provoque la dissolution instantanée du cabinet ministériel et signifie l’épilogue inattendu du binôme à la tête du pouvoir depuis la transition politique d’avril 2024.
L’acte fondateur de la rupture : le décret n°2026-1128
La nouvelle a résonné dans la soirée suite à la parution d’un document officiel d’importance capitale. Le chef de l’État a apposé sa signature, ce vendredi 22 mai 2026, au décret présidentiel numéro 2026-1128, qui met fin sans délai aux fonctions d’Ousmane Sonko en tant que chef du gouvernement. Pour officialiser cette séparation, le président Bassirou Diomaye Faye a invoqué avec précision les attributions conférées par la Constitution sénégalaise, notamment ses articles 42, 43, 53 et 56.
Ce cadre juridique établit le président de la République comme le gardien suprême de la Constitution, assurant la régularité du fonctionnement des institutions et lui conférant le droit souverain de nommer et de révoquer le Premier ministre. L’article premier du décret énonce clairement qu’« il est mis fin aux fonctions de M. Ousmane Sonko, Premier ministre de la République du Sénégal ».
Conformément à l’article 2, la décision entre en vigueur instantanément. Par une logique de conséquence constitutionnelle, la cessation des fonctions du chef du gouvernement entraîne d’office la démission de tous les ministres et secrétaires d’État. Le texte précise néanmoins que les membres du gouvernement démissionnaire continueront d’assurer l’expédition des affaires courantes, en attendant la formation d’une nouvelle équipe ministérielle.
« Diomaye, c’est Sonko » : l’émergence d’un binôme politique singulier
Afin de saisir pleinement l’impact de ce bouleversement, il est crucial de se remémorer la relation symbiotique et exceptionnelle qui liait les deux personnalités. Ousmane Sonko, figure emblématique et charismatique du parti PASTEF, avait mené une lutte acharnée contre le pouvoir de Macky Sall. Confronté à une persécution judiciaire et à son exclusion irrévocable de la course présidentielle par le Conseil constitutionnel au début de l’année 2024, Sonko avait alors pris une décision stratégique audacieuse.
Alors qu’ils se trouvaient incarcérés dans la même cellule, après une série d’arrestations politiques, Ousmane Sonko avait désigné Bassirou Diomaye Faye, son secrétaire général et plus loyal lieutenant, comme le porteur de flambeau du projet de transformation systémique.
Le candidat de substitution, propulsé par le slogan mémorable « Diomaye, c’est Sonko », devint l’incarnation de l’enthousiasme populaire, galvanisé par le leader du parti. Après leur libération, obtenue grâce à une loi d’amnistie à l’approche du scrutin, les deux hommes ont mené une campagne fulgurante, aboutissant à la victoire éclatante de Bassirou Diomaye Faye dès le premier tour, le 24 mars 2024.
Dès sa prise de fonction, le 2 avril 2024, le nouveau président avait confié à Ousmane Sonko le poste de Premier ministre, officialisé par le décret n°2024-921. Ce fut une première dans l’histoire politique du continent africain : un guide politique se retrouvait subordonné institutionnellement à son propre protégé, instaurant une forme de gouvernance bicéphale sans précédent.
Les prémices de la discorde : de la symbiose à la divergence
Bien que l’image d’une entente parfaite ait été soigneusement cultivée à travers des communiqués officiels, l’expérience du pouvoir d’État a rapidement mis en lumière les fragilités de cette direction à double tête. Au fil des mois, deux approches, subtilement distinctes, ont commencé à s’affronter.
D’une part, Ousmane Sonko a maintenu son identité de théoricien souverainiste et d’orateur engagé, s’exprimant avec audace sur les questions internationales, la renégociation des contrats miniers et pétroliers, ou encore la redéfinition des liens avec les partenaires historiques. D’autre part, le président Faye a dû faire face aux impératifs de la gestion macroéconomique, aux défis de la diplomatie régionale et à l’impérieuse nécessité de restaurer la confiance des marchés financiers.
Les premières divergences palpables se sont manifestées lors du réaménagement ministériel du 6 septembre 2025, formalisé par la signature du décret n°2025-430 établissant la nouvelle composition du gouvernement. Ce remaniement, loin de calmer les esprits, a révélé des batailles d’influence intestines pour la maîtrise des portefeuilles clés, opposant les partisans historiques du Premier ministre aux experts techniques promus par le président.
En définitive, cette coexistence politique entre un président de la République, détenteur de la légitimité constitutionnelle, et un chef de gouvernement, incarnation de la légitimité populaire historique, a réactivé le syndrome du « faiseur de roi ». Cela a engendré un équilibre précaire où l’influence persistante d’Ousmane Sonko sur les orientations présidentielles a finalement soulevé de manière directe la question de l’autorité véritable au sein de l’exécutif sénégalais.
Quelles sont les perspectives pour l’avenir politique du Sénégal ?
Cette révocation projette le Sénégal dans une situation politique sans précédent. Par cet acte d’autorité, le président Bassirou Diomaye Faye reprend le contrôle total de l’appareil d’État, se libérant ainsi de l’ascendant moral de son ancien mentor. Il exerce désormais seul la pleine mesure de ses prérogatives présidentielles.
La principale interrogation demeure la réaction d’Ousmane Sonko. Le dirigeant du PASTEF optera-t-il pour la discrétion, une séparation en douceur, ou un retour à une confrontation ouverte, s’appuyant sur sa base électorale toujours mobilisée ? L’annonce de la composition du prochain gouvernement, imminente, fournira des éléments déterminants sur la nouvelle orientation que le président Faye entend imprimer à son mandat.