3 juin 2026
8fd1f2bb-83e4-4463-8999-b3fbcda1a958

À la fin janvier 2026, le Burkina Faso a acté la dissolution de l’ensemble des partis politiques. Le 29 du mois, le gouvernement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré a officialisé la fin de ces formations, y compris celles ayant soutenu son coup d’État de septembre 2022.

Ces partis avaient déjà été suspendus dès l’arrivée au pouvoir de Traoré. Cependant, la junte a présenté cette mesure comme une étape d’une restructuration plus large de l’État, visant à atténuer les clivages sociaux.

En réalité, cette décision prive les citoyens d’un espace de participation politique indépendant et renforce le contrôle du pouvoir entre les mains de Traoré. Les biens des partis ont été confisqués par l’État.

Bien que la junte ait initialement bénéficié d’un soutien populaire, cette mesure contraste avec son discours de mobilisation citoyenne et de révolution. Pourtant, cette évolution n’est pas une exception.

À travers le Sahel et d’autres régions d’Afrique, les soutiens civils des juntes militaires découvrent que leur enthousiasme initial ne se traduit pas par une influence durable. Les coups d’État, souvent accueillis avec ferveur, se transforment fréquemment en répression des groupes ayant contribué à leur avènement. Cette tendance s’observe depuis plusieurs décennies.

Après des années d’études sur les coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest, une constante se dégage : une fois au pouvoir, les militaires ont peu d’intérêt à partager leur autorité. Les groupes civils, utiles lors des premiers jours d’un putsch, deviennent rapidement encombrants.

Ils disposent de leurs propres leaders, de leurs électeurs et d’attentes précises concernant la transition. Leurs critiques ou mobilisations peuvent entraver les projets des juntes. Cette indépendance est précisément ce que redoutent ces dernières.

L’enthousiasme initial des civils ne doit pas être interprété comme un mandat durable, ni comme une garantie d’une transition inclusive. La récente dissolution des partis au Burkina Faso en est l’illustration la plus récente. Le soutien extérieur aux coups d’État peut faciliter leur déclenchement ou leur stabilisation, mais il n’assure en rien une influence à long terme.

Pourquoi le soutien des civils ne garantit pas une influence durable

Contrairement aux idées reçues, les coups d’État militaires attirent souvent un soutien civil significatif. Parfois, les citoyens les encouragent activement, voire contribuent à leur succès. Cette dynamique a été particulièrement visible lors de la récente vague de putschs en Afrique.

Au Mali, au Niger ou ailleurs, les interventions militaires ont été acclamées par des acteurs de la société civile, des partis politiques et d’autres groupes nationaux. Pour les leaders des coups d’État, ces alliances offrent une légitimité immédiate et une base de soutien prête à l’emploi.

Cependant, une tendance récurrente se dessine : les juntes écartent, marginalisent ou répriment leurs anciens alliés civils dès qu’elles estiment leur pouvoir suffisamment consolidé. Cette logique s’applique à toutes les époques et régions, indépendamment des clivages idéologiques.

Un exemple marquant est le coup d’État de 1969 au Soudan. Le Parti communiste avait initialement soutenu les Officiers libres dirigés par le colonel Jaafar Nimeiri. Pourtant, en moins de sept mois, Nimeiri a commencé à écarter le parti, avant de le réprimer brutalement dès 1971.

En Égypte, le mouvement Tamarod a également apporté son soutien au général Abdelfattah el-Sisi en 2013. Mais son influence s’est rapidement évanouie à mesure que l’espace civique se réduisait.

Les regrets des alliés des juntes au Sahel

Les groupes civils ayant soutenu les récents putschs au Sahel vivent aujourd’hui la même désillusion que leurs prédécesseurs ailleurs. Au Mali, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), une coalition de partis, de religieux et de militants menée par l’imam Mahmoud Dicko, est devenu l’un des principaux détracteurs de la junte du colonel Assimi Goïta.

Pourtant, le M5-RFP avait été l’un des premiers soutiens du coup d’État d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. Le mouvement espérait alors influencer la transition. Mais cet espoir s’est rapidement dissipé : la junte a exclu le M5-RFP de la formation du gouvernement de transition, privant ses dirigeants de postes clés.

Lorsque Goïta a mené un second coup d’État en mai 2021, renversant le gouvernement civil provisoire, l’influence du mouvement s’est encore amoindrie. Ce qui avait commencé comme une alliance tactique s’est transformé en marginalisation.

En Guinée, les leaders de l’opposition au président Alpha Condé avaient initialement salué le coup d’État du général Mamady Doumbouya en 2021. Espérant jouer un rôle dans la transition, ils ont même appelé la CEDEAO à ne pas sanctionner la junte. Pourtant, la junte a rapidement ignoré ces soutiens, empêchant toute représentation significative des partis. Un an plus tard, des membres de l’opposition ont été arrêtés pour avoir critiqué leur exclusion.

Sous cet angle comparatif, la dissolution des partis au Burkina Faso s’inscrit dans un schéma bien établi. Un soutien politique initial ne garantit ni un accès ni une influence continue une fois les juntes solidement installées au pouvoir.