3 juin 2026
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Le JNIM et l’expansion jihadiste : une analyse des enjeux géopolitiques en Afrique de l’Ouest

Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, s’est imposé comme une force majeure dans le Sahel central, étendant son influence au-delà des frontières traditionnelles du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Depuis 2017, ce groupe armé a su rivaliser avec les États pour le contrôle de territoires stratégiques, mais son expansion vers le sud du Sahel, notamment en direction du Golfe de Guinée, soulève des questions complexes.

L’expansion du JNIM : une stratégie délibérée ou un dilemme organisationnel ?

Si le JNIM a longtemps concentré ses actions dans le Sahel central, son extension vers le nord du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire depuis 2019 interroge. Plusieurs attaques revendiquées ont marqué cette progression, mais certaines zones comme le Ghana restent épargnées, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire, ont vu une activité armée diminuer après 2022. En revanche, le Bénin a subi une dégradation notable de la situation en 2025.

Une récente étude de l’International Crisis Group met en lumière les logiques internes du JNIM. L’expansion territoriale, loin d’être une évidence, représente un dilemme stratégique pour l’organisation. Les différents niveaux décisionnels ne partagent pas toujours les mêmes priorités : étendre son influence rapidement expose le groupe à des tensions internes et à une dispersion des ressources, tandis que ne pas s’étendre peut laisser des opportunités à des rivaux.

Contexte géopolitique et enjeux sécuritaires pour l’Afrique de l’Ouest

L’expansion du JNIM survient dans un contexte marqué par la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la rupture avec la CEDEAO. Ces dynamiques régionales complexifient la lutte contre le jihadisme et exigent une compréhension approfondie des mécanismes internes du JNIM pour anticiper ses mouvements et adapter les politiques de sécurité.

Analyser les stratégies du JNIM est essentiel pour les pays d’Afrique de l’Ouest qui font face à cette menace croissante. Une réponse efficace passe par une évaluation rigoureuse des risques et des opportunités, afin de mieux protéger les populations et les territoires exposés.

Analyse des logiques internes du JNIM : entre opportunités et contraintes

Pour comprendre les choix du JNIM, il faut examiner plusieurs facteurs :

  • La compétition avec d’autres groupes armés : ne pas s’étendre pourrait permettre à des rivaux de gagner du terrain.
  • La disponibilité des ressources : une expansion trop rapide dilue les moyens militaires et financiers, risquant de fragiliser l’organisation.
  • Les dynamiques locales : certaines régions offrent des opportunités stratégiques, tandis que d’autres présentent des défis logistiques ou sécuritaires.
  • Les tensions internes : les divergences entre les dirigeants peuvent freiner ou accélérer l’expansion.

Le dernier rapport de l’International Crisis Group propose une analyse détaillée de ces enjeux, soulignant que l’expansion du JNIM n’est pas toujours linéaire. Certaines zones, comme le nord du Bénin, deviennent des théâtres d’affrontements intenses, tandis que d’autres, comme le Ghana, restent préservées, sans que les raisons de cette disparité soient toujours claires.

Perspectives pour les politiques de sécurité en Afrique

Face à la montée des groupes jihadistes en Afrique de l’Ouest, les États et les organisations régionales doivent repenser leurs approches. Plusieurs pistes peuvent être envisagées :

  • Renforcer la coopération sécuritaire entre pays pour mieux contrer les mouvements transfrontaliers du JNIM.
  • Comprendre les facteurs locaux qui favorisent ou limitent l’expansion du groupe, afin d’adapter les stratégies de prévention.
  • Soutenir les initiatives d’éveil citoyen pour limiter l’influence des groupes armés et renforcer la résilience des populations.
  • Analyser les dynamiques internes du JNIM pour anticiper ses prochaines cibles et éviter une expansion incontrôlée.

Dans ce contexte, les travaux de chercheurs comme Jean-Hervé Jézéquel, Marte Beldé et Beatriz de León Cobo apportent un éclairage précieux sur les mécanismes de radicalisation et d’expansion des groupes jihadistes en Afrique.

Leur expertise, combinée aux analyses d’organisations comme l’International Crisis Group, est indispensable pour élaborer des réponses adaptées aux défis sécuritaires actuels.