13 juin 2026
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Par une décision officielle, les autorités de transition du Niger ont prononcé le retrait de la nationalité nigérienne du Dr Mayra Djibrine, figure de proue de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une organisation basée à Bruxelles. Cette mesure, qui intervient dans un contexte de renforcement des cadres réglementaires face aux critiques émanant de l’étranger, a provoqué de vives discussions au sein de la population et de la société civile de Niamey. Entre le soutien à la fermeté étatique et les inquiétudes quant aux répercussions sur les libertés fondamentales, les citoyens nigériens s’interrogent sur les implications de cette déchéance de nationalité.

Une mesure inédite aux répercussions profondes

Le paysage politique et juridique nigérien connaît un tournant majeur. Le gouvernement de transition a formalisé, via un décret, la déchéance de nationalité du Dr Mayra Djibrine. Universitaire reconnue et leader de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une association active depuis la Belgique, elle est désormais privée de ses droits civiques et politiques liés à sa citoyenneté nigérienne.

Les motifs invoqués par les autorités de Niamey font état d’« agissements contraires aux intérêts stratégiques et à la souveraineté du Niger ». Depuis plusieurs mois, l’ADS multipliait les prises de position critiques concernant la gestion de la transition, sollicitant notamment les instances européennes pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Pour le pouvoir en place, ces démarches entreprises depuis l’extérieur s’apparentent à une tentative de déstabilisation, justifiant l’application d’une ordonnance signée fin 2024, laquelle permet la déchéance de la nationalité pour des actes de trahison ou d’atteinte à la défense nationale.

Réactions contrastées dans les rues de Niamey

Dans la capitale, cette nouvelle est au cœur de toutes les discussions, des « grins » (espaces d’échanges informels) aux marchés animés. L’ampleur de cette mesure se manifeste d’abord par l’écho qu’elle trouve auprès des citoyens ordinaires, dont les opinions demeurent profondément divisées.

Au grand marché de Niamey, l’atmosphère est à la fois studieuse et chargée politiquement. Amadou, un vendeur de tissus, exprime sans détour son approbation envers la décision gouvernementale : « Notre pays traverse une période historique cruciale. Nous ne pouvons tolérer que certains compatriotes s’installent confortablement en Europe pour réclamer des sanctions contre leur propre peuple. Si vous combattez les intérêts du Niger depuis l’étranger, il est légitime que le Niger vous renie. C’est une question de patriotisme. » À l’instar d’Amadou, une partie de la population estime que la souveraineté nationale exige une loyauté inébranlable, particulièrement en période de crise.

Cependant, à quelques pas de là, dans le quartier universitaire et résidentiel de l’Université Abdou Moumouni, le discours est tout autre. Fatouma, étudiante en droit public, fait part de sa vive inquiétude : « C’est un précédent extrêmement dangereux. Retirer la nationalité à quelqu’un en raison de ses opinions politiques, même si elles sont exprimées depuis Bruxelles, pose un problème juridique majeur. La nationalité est un droit fondamental, non une récompense que l’État peut retirer au gré des régimes. Aujourd’hui, c’est le Dr Djibrine, mais qui sera le suivant ? » Cette crainte d’une restriction continue de l’espace d’expression est partagée par plusieurs observateurs locaux, qui redoutent une fragilisation de la cohésion sociale au Niger.

Enjeux juridiques et diplomatiques d’une décision majeure

Au-delà des réactions populaires, les experts du droit à Niamey analysent les fondements d’une telle démarche. Le code de la nationalité nigérienne, récemment amendé par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), a considérablement étendu les critères de déchéance. Pour les juristes proches du pouvoir, la procédure respecte les textes d’exception actuellement en vigueur. En revanche, pour les défenseurs des droits de l’homme, elle contrevient aux conventions internationales ratifiées par le Niger, lesquelles interdisent de rendre un individu apatride.

Sur le plan diplomatique, cette décision envoie un message fort aux organisations de la diaspora et aux pays hôtes, notamment en Europe. En ciblant la présidente de l’ADS à Bruxelles, Niamey manifeste sa détermination à neutraliser toute contestation politique, même au-delà de ses frontières géographiques, en recourant à cette forme de « mort civique ».

Le retrait de la nationalité du Dr Mayra Djibrine représente une intensification de la stratégie de sécurisation et de contrôle politique menée par les autorités nigériennes. Si cette fermeté est accueillie favorablement par une partie de la population y voyant un acte de défense de la patrie, elle génère également un malaise latent chez de nombreux citoyens, préoccupés par l’avenir des libertés et le sort de la contradiction démocratique. Dans un Niger qui redéfinit ses alliances et son fonctionnement interne, le débat sur la déchéance de nationalité et les droits des citoyens demeure plus que jamais ouvert.