3 juin 2026
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Les autorités au pouvoir au Niger sont instamment priées de relâcher l’ex-président Mohamed Bazoum. Ce dernier est maintenu en détention de manière illégale depuis maintenant deux ans, suite au coup d’État militaire qui l’a évincé.

Le 26 juillet 2023, des membres des forces armées regroupés au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), sous l’égide du général Abdourahamane Tiani, ont renversé l’administration de Mohamed Bazoum. Depuis cette date, l’ancien dirigeant et son épouse, Hadiza Bazoum, sont privés de liberté au sein du palais présidentiel de Niamey. Ils demeurent isolés, sans possibilité de communiquer avec leurs proches ou leurs conseils juridiques. De plus, Mohamed Bazoum risque un procès prochainement, sa protection diplomatique ayant été révoquée par la junte en 2024.

Selon Ilaria Allegrozzi, spécialiste du Sahel, le maintien en captivité du couple présidentiel témoigne d’un mépris flagrant pour les principes démocratiques. Elle souligne que ces poursuites, perçues comme politiques, entachent la crédibilité des promesses de transition vers un État de droit au Niger.

Un imbroglio juridique et diplomatique

Dès le mois d’août 2023, les militaires ont évoqué des accusations de « haute trahison » et de menaces contre la sécurité de l’État à l’encontre de Mohamed Bazoum. Pourtant, aucune comparution devant un magistrat n’a eu lieu à ce jour. En réaction, l’ancien président a saisi la Cour de justice de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest). En décembre de la même année, cette instance a qualifié sa détention d’arbitraire et ordonné sa libération immédiate. Toutefois, le Niger, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, s’est officiellement retiré de cette organisation régionale en janvier 2025.

En juin 2024, la Cour d’État du Niger a validé la levée de l’immunité présidentielle de Mohamed Bazoum, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires. Cette décision a été vivement critiquée pour son non-respect des standards internationaux relatifs au droit à un procès équitable. Bien que la junte ait réitéré son intention de le juger pour trahison, aucune date n’a encore été arrêtée pour l’ouverture des débats.

Une condamnation internationale unanime

En février 2025, des experts des Nations Unies spécialisés dans les détentions arbitraires ont également conclu que la privation de liberté subie par Mohamed Bazoum et sa femme contrevient au droit international. Ils ont exigé leur élargissement sans condition.

Reed Brody, membre de l’équipe de défense de l’ex-président, dénonce une situation où son client est traité comme un otage. Il déplore que, malgré les injonctions des tribunaux internationaux, Mohamed Bazoum reste coupé du monde, incapable de s’entretenir avec ses enfants ou ses avocats.

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement du régime militaire au Niger, marqué par une répression accrue des voix dissidentes, des médias et de la classe politique. Pour les observateurs, ces dérives compromettent sérieusement le retour à un ordre constitutionnel et la tenue de scrutins transparents. Le maintien de cette détention prolongée envoie un signal inquiétant tant au niveau régional qu’international sur l’avenir démocratique du pays.