13 août 2026
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le Maroc maintient ses revendications sur ceuta malgré les tensions migratoires

un ancien ambassadeur espagnol révèle les tensions persistantes entre Rabat et madrid

Politique

Les tensions entre le Maroc et l’Espagne autour des enclaves de Ceuta et Melilla ont resurgi avec force après l’afflux de plus de 72 000 migrants à Ceuta fin juillet. Selon Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur espagnol au Maroc et ex-directeur des services de renseignement espagnols, ces revendications territoriales restent un enjeu central dans cette crise migratoire.

Pour ce diplomate expérimenté, Rabat n’a jamais abandonné ses prétentions sur Ceuta et Melilla, deux villes espagnoles situées en Afrique du Nord. Ces différends, non résolus depuis des décennies, auraient selon lui joué un rôle dans l’afflux massif de migrants qui a submergé Ceuta.

Dezcallar évoque une stratégie marocaine visant à « tester les limites » d’un gouvernement espagnol perçu comme affaibli. Le contexte politique en Espagne, marqué par des scandales de corruption impliquant des responsables gouvernementaux et une politique migratoire controversée, aurait encouragé Rabat à adopter une posture plus agressive.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dont le gouvernement de gauche est critiqué pour ses positions sur l’immigration et ses tensions avec Washington, se retrouve dans une position délicate. Les relations entre les deux pays, déjà complexes, s’enveniment davantage, oscillant entre coopérations stratégiques et conflits diplomatiques.

« Les liens entre l’Espagne et le Maroc oscillent entre passions et rationalité, avec des relations aussi instables qu’un yo-yo », confie Dezcallar, qui a exercé ses fonctions au Maroc entre 1997 et 2001. Pourtant, malgré ces frictions, les deux nations restent étroitement liées par des échanges commerciaux florissants et une collaboration essentielle en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme et de gestion des flux migratoires.

Une question territoriale toujours d’actualité

Les autorités marocaines, y compris le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, réaffirment sans relâche leur souveraineté sur Ceuta et Melilla. « Cette question est toujours présente. À chaque rencontre avec les Espagnols, nous la soulevons », a-t-il déclaré récemment. « Ces territoires nous appartiennent, et nous les résoudrons par la négociation, avec patience. »

En réponse, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a réaffirmé avec fermeté : « Ceuta et Melilla sont espagnoles, et elles le resteront. » Son intervention survient alors que le roi Felipe VI d’Espagne n’a jamais effectué de visite officielle dans ces villes, et qu’un ministre des Affaires étrangères espagnol ne s’y est rendu pour la première fois qu’en août 2026, une décision perçue comme un geste de bonne volonté envers Rabat.

Cependant, Madrid et Rabat pointent du doigt les réseaux de passeurs comme principaux responsables de la crise migratoire. Un arrêt de la Cour suprême espagnole, rendu en juillet, a interdit les expulsions immédiates des migrants arrivant par voie maritime, une décision que certains estiment avoir encouragé les traversées.

Dezcallar n’exclut pas une certaine « tolérance, voire négligence » des autorités marocaines dans cette affaire. Selon lui, l’Espagne manque de moyens pour endiguer ces flux, une situation déjà observée lors de précédentes crises.

Des menaces récurrentes et une diplomatie sous tension

L’ambassadeur met en garde contre une nouvelle vague migratoire potentielle. Des sources sécuritaires ont alerté sur un risque d’afflux massif vers Ceuta dès le 15 août, alimenté par des appels relayés sur les réseaux sociaux. Les syndicats de police et de la Garde civile ont confirmé ces craintes, soulignant l’urgence d’une réponse coordonnée.

La crise de 2021, marquée par l’hospitalisation en Espagne du leader sahraoui Brahim Ghali, avait déjà provoqué une rupture diplomatique. Rabat avait riposté en facilitant l’arrivée de près de 10 000 migrants à Ceuta, un acte qualifié de « chantage » par Margarita Robles. Dezcallar rappelle que les autorités de Ceuta avaient pourtant alerté sur une augmentation progressive des arrivées irrégulières dans les jours précédents.

« Quiconque croit que le Maroc renoncerait à ses revendications sur Ceuta et Melilla se trompe lourdement », déclare-t-il sans équivoque.