27 septembre 2026
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Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 du Sénégal, remis à l’Assemblée nationale le 18 septembre 2026, ne passe pas inaperçu. En rabotant la prévision de croissance de 5 % à 2,7 % et en amputant 555 milliards FCFA d’investissements, il déclenche une onde de choc qui suscite déjà de vives réactions et ouvre une réflexion sur l’avenir économique du pays. La tribune de Lansana Gagny Sakho, président du Cercle des Administrateurs Publics et du conseil d’administration de l’APIX-SA, résume l’inquiétude : un pays ne peut redistribuer indéfiniment une richesse qu’il ne produit pas.

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Un ajustement budgétaire aux répercussions immédiates

La révision opérée par le PLFR 2026 place le Sénégal face à un choix cornélien. Passer de 5 % à 2,7 % de croissance en cours d’exercice revient à reconnaître que l’appareil productif ne suit plus le rythme des engagements publics. Avec un manque à gagner de 451,4 milliards FCFA sur les recettes, l’État choisit de préserver le fonctionnement courant au détriment de l’accumulation de capital, un arbitrage lourd de conséquences pour les perspectives de moyen terme.

Cette décision ne laisse personne indifférent. En sabrant 555 milliards FCFA d’investissements, le gouvernement renonce temporairement à structurer l’offre productive nationale. Infrastructures, équipements, chantiers structurants : la variable d’ajustement retenue est justement celle qui conditionne la croissance future. Pour l’auteur de la tribune, il s’agit du symptôme d’une gouvernance qui a entretenu des standards de dépense sans rapport avec la base fiscale réelle du pays.

Le paradoxe d’un État aux privilèges disproportionnés

Le titre de la tribune de Lansana Gagny Sakho, « un pays pauvre qui se paie des privilèges de pays riche », cristallise une critique récurrente de la dépense publique sénégalaise. Rémunérations, avantages en nature, train de vie de l’administration et périmètre des agences publiques sont pointés du doigt. Le PLFR 2026 met en lumière la tension entre ces habitudes et une base productive qui peine à générer les recettes correspondantes. L’écart entre les 5 % de croissance affichés et les 2,7 % effectivement atteignables constitue un signal politique autant qu’économique.

Pour un cadre dirigeant de l’APIX, agence en charge de la promotion des investissements et des grands travaux, l’observation prend un relief particulier. La séquence actuelle interroge la soutenabilité du modèle sénégalais, avec un secteur public dimensionné pour des recettes anticipées qui ne se matérialisent pas au rythme escompté. Le recours répété à l’endettement et aux ajustements de dernière minute expose Dakar à une perte progressive de marges de manœuvre auprès de ses partenaires financiers.

Investissement public : la variable d’ajustement qui hypothèque l’avenir

La logique du PLFR 2026 est budgétairement compréhensible mais stratégiquement coûteuse. Amputer 555 milliards FCFA d’investissement revient à décaler des projets, ralentir des chantiers et différer la mise à niveau d’infrastructures dont dépendent la compétitivité et l’attractivité du territoire. Dans un contexte où les émissions souveraines africaines sont scrutées par les marchés, la crédibilité du cadrage macroéconomique du Sénégal devient un actif à protéger.

La question de fond dépasse la seule loi de finances rectificative. Elle porte sur la capacité de l’État à réaligner ses dépenses courantes sur ses recettes réelles, à assainir le périmètre de la sphère publique et à réorienter l’effort budgétaire vers la production. Sans cet exercice, chaque exercice budgétaire risque de reproduire le même scénario : des prévisions volontaristes, une exécution en retrait, et l’investissement sacrifié pour préserver le fonctionnement. Le PLFR 2026 offre, à ce titre, un cas d’école sur les limites d’un modèle qui distribue avant d’avoir produit.

Reste que la fenêtre d’ajustement demeure ouverte. Les orientations qui seront données à la loi de finances initiale 2027, notamment sur la maîtrise de la masse salariale, la rationalisation des agences et la relance ciblée de l’investissement productif, diront si Dakar entend rompre avec cette dynamique. Le débat parlementaire autour du PLFR 2026 constitue déjà un test politique majeur pour l’exécutif sénégalais.

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