24 juin 2026
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économie

Le Gabon renforce sa souveraineté sur l’exploitation de l’or

Libreville, le 24 juin 2026 — Une mesure exceptionnelle vient d’être prise par les autorités gabonaises. Depuis le 22 juin 2026, tous les permis d’exploration et d’exploitation des petites mines d’or du pays sont suspendus. Cette décision marque un tournant dans la gestion des ressources minières nationales.

Le ministère des Mines et des Ressources géologiques a justifié cette suspension par la nécessité de reprendre le contrôle d’un secteur minier devenu stratégique, mais aussi par les nombreux défis liés aux trafics illégaux et aux pertes économiques importantes pour l’État.

Cette annonce fait suite à une opération conjointe entre le ministère des Mines et celui de la Défense, qui a permis de démanteler un vaste réseau d’exploitation illégale dans la province de la Ngounié. Les investigations ont révélé l’implication de plusieurs ressortissants étrangers agissant en marge de toute légalité.

Au-delà de l’aspect administratif, cette suspension révèle une problématique plus large : celle de la souveraineté économique du Gabon sur ses ressources naturelles.

L’or, un enjeu de souveraineté économique pour le Gabon

Si le pétrole et le manganèse ont longtemps dominé l’économie gabonaise, l’or prend désormais une place centrale. La flambée des cours mondiaux et l’attrait croissant des investisseurs pour ce métal précieux ont transformé les zones aurifères du pays en territoires convoités.

Cette attractivité s’accompagne cependant de risques majeurs. Comme dans de nombreux pays africains, l’orpaillage clandestin s’est développé, alimentant une économie informelle difficile à contrôler. Les circuits de contrebande et les pertes fiscales qui en découlent menacent directement les recettes publiques et la crédibilité du secteur minier national.

Les enquêtes menées dans la Ngounié ont confirmé l’ampleur des pratiques illégales, mettant en lumière des pertes financières significatives pour l’État. Chaque gramme d’or extrait hors des cadres légaux représente une menace pour la souveraineté économique et la gestion transparente des ressources.

Pour Libreville, la question dépasse désormais le simple cadre économique. Elle touche à la préservation du patrimoine national et à la maîtrise totale des ressources stratégiques du pays.

Un audit complet pour restaurer la légalité dans le secteur aurifère

La suspension des permis s’accompagne d’un audit général de l’ensemble des titres miniers aurifères en cours. Cette initiative vise plusieurs objectifs : vérifier la conformité des activités, évaluer le respect des réglementations, renforcer les contrôles sur le terrain et identifier les failles administratives ayant favorisé le développement de l’exploitation illégale.

Pendant toute la durée de cet audit, aucune prospection, recherche ou exploitation de petite mine d’or ne sera autorisée sans une dérogation expresse. Cette démarche s’inscrit dans une tendance régionale, observée dans plusieurs pays producteurs d’or comme le Ghana, la Tanzanie ou le Burkina Faso, où les autorités renforcent la régulation de l’orpaillage artisanal et semi-industriel.

Pour le Gabon, l’enjeu est également environnemental. Les exploitations clandestines sont souvent liées à la déforestation, à la pollution des cours d’eau et à l’utilisation de substances toxiques. Les coûts écologiques de ces pratiques dépassent largement les bénéfices économiques immédiats.

Un test pour la crédibilité de l’État gabonais

Cette suspension représente un défi de taille pour le gouvernement. La réussite de cette opération ne se mesurera pas seulement à l’annonce de la mesure, mais à sa capacité à produire des résultats durables.

L’audit devra permettre de combler les lacunes du système et d’instaurer un cadre plus rigoureux, capable d’attirer des opérateurs sérieux tout en écartant les réseaux illégaux. Cette décision illustre une évolution plus large de la gouvernance économique gabonaise, où l’État affirme sa volonté de maîtriser pleinement les secteurs stratégiques de son économie.

Le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans la suspension des permis, mais dans la capacité du Gabon à transformer cette initiative en un modèle de gestion minière transparent, traçable et souverain. Dans un contexte mondial où l’or reste une valeur refuge, le contrôle de cette ressource devient aussi crucial que la ressource elle-même.