25 juin 2026
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Les derniers chiffres officiels de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) indiquent une inflation moyenne de 0,0 % dans la zone. Pourtant, cette statistique ressemble à un mirage pour les habitants du Sahel. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, la prétendue accalmie économique ne s’est pas matérialisée. Les frontières de l’Alliance des États du Sahel (AES) semblent avoir filtré toute amélioration.

Si la baisse des cours mondiaux et une météo favorable ont soulagé les pays côtiers, le Sahel central reste prisonnier d’une flambée des prix persistante. Les discours officiels à Bamako, Niamey et Ouagadougou pointent systématiquement des causes extérieures ou des « complots ». Mais ils occultent les conséquences directes de leurs propres choix politiques et économiques.

L’impasse de la militarisation et la désorganisation des marchés

L’insécurité demeure le principal moteur de l’inflation au Sahel. Sa persistance interroge directement l’efficacité des stratégies des transitions en cours. Malgré la promesse d’une reconquête rapide, la paralysie des grands axes routiers continue. Les blocus imposés par les groupes armés ne sont pas seulement des défis tactiques ; ils révèlent l’incapacité des régimes à sécuriser les flux économiques vitaux.

En concentrant l’essentiel des ressources budgétaires sur l’effort militaire et l’achat d’équipements, les autorités ont sacrifié les investissements dans les infrastructures de stockage et le soutien aux campagnes agricoles. Les restrictions d’accès aux terres s’étendent, étranglant la production locale. La militarisation à outrance de l’économie n’a pas ramené la sécurité, mais elle a réussi à tarir l’offre alimentaire.

Souverainisme de façade et réalités logistiques

Le discours souverainiste et de rupture économique affiché par l’AES se heurte à la dure réalité des prix. La volonté de contourner les réseaux commerciaux traditionnels au profit de nouveaux axes jugés « politiquement corrects » se traduit par un surcoût direct pour le consommateur. Détourner les ports naturels de la sous-région pour des raisons diplomatiques impose des trajets plus longs, plus complexes et inévitablement plus chers. Ce sont les ménages sahéliens qui paient, au marché, le prix de ces ruptures idéologiques.

De plus, la gestion centralisée et autoritaire des circuits de distribution par les régimes militaires crée des effets pervers. Les tentatives de contrôle bureaucratique des prix ou les pressions sur les opérateurs économiques traditionnels découragent le secteur privé, entraînant des pénuries artificielles et alimentant un marché noir où les prix s’envolent.

Les limites du déni économique face à la réalité monétaire

Face à cette inflation structurelle, la politique de resserrement du crédit de la BCEAO montre ses limites. On ne combat pas des pénuries réelles et des routes coupées en augmentant les taux d’intérêt. Mais au-delà de l’action de la banque centrale, c’est l’asphyxie budgétaire interne de ces États qui inquiète.

En s’isolant d’une partie des bailleurs de fonds et des mécanismes de solidarité régionale, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont considérablement réduit leur marge de manœuvre financière. Les caisses de l’État étant siphonnées par les dépenses de sécurité et le maintien des appareils de transition, les gouvernements sont incapables de mettre en place de véritables filets sociaux ou des subventions massives pour amortir le choc de la vie chère.

Tant que les dirigeants de l’AES privilégieront la rhétorique de la victimisation et de la rupture politique au détriment d’une gouvernance économique pragmatique et de la sécurisation réelle des acteurs économiques, le contrecoup de la vie chère continuera de fragiliser les populations, rendant les statistiques d’inflation de l’UEMOA totalement déconnectées du quotidien des Sahéliens.