14 août 2026
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Joseph Dion Ngute, Premier ministre du Cameroun, lors de l'ouverture du Dialogue national à Yaoundé en 2019. Le gouvernement camerounais avait lancé ce forum pour tenter de résoudre la crise dans les régions anglophones, mais les séparatistes n'ont pas répondu présents.

Le Cameroun peut-il envisager un retour au fédéralisme pour apaiser les tensions ?

Le Cameroun, pays d’Afrique centrale marqué par une profonde diversité culturelle et linguistique, se trouve aujourd’hui à un carrefour historique. Entre les aspirations des populations anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et les ambitions d’un État unifié, la question du fédéralisme refait surface avec une intensité sans précédent. Cette remise en question du modèle centralisé interroge : un retour à une structure fédérale pourrait-il offrir une solution durable aux conflits qui déchirent le pays depuis plusieurs années ?

Les origines d’un conflit persistant

Les tensions au Cameroun ne datent pas d’hier. Elles plongent leurs racines dans l’histoire coloniale et les choix politiques post-indépendance. Après des décennies sous administration britannique et française, le pays a hérité d’un système administratif unifié en 1961, à l’issue d’un référendum controversé. Cette fusion a donné naissance à un État centralisé, où les spécificités des régions anglophones ont progressivement été reléguées au second plan.

Au fil des années, le mécontentement a grandi dans les deux régions anglophones. Les revendications, initialement pacifiques, se sont transformées en une crise ouverte avec la naissance de mouvements séparatistes armés. Le gouvernement de Yaoundé a tenté de répondre à cette crise par le dialogue, mais les initiatives, comme le Dialogue national de 2019, n’ont pas abouti aux résultats escomptés. L’absence des principales figures de la rébellion a réduit à néant les espoirs d’une avancée significative.

Le fédéralisme : une piste sérieusement envisagée

Face à l’échec des approches purement répressives, le fédéralisme s’impose comme une alternative crédible pour de nombreux observateurs. Ce modèle, déjà expérimenté par d’autres nations africaines, permettrait de concilier unité nationale et autonomie régionale. En octroyant davantage de pouvoirs aux régions, notamment en matière d’éducation, de justice et de gestion des ressources, le Cameroun pourrait donner un nouveau souffle à son contrat social.

Cependant, cette option soulève des défis majeurs. D’un côté, les partisans d’un Cameroun fédéral y voient un moyen de pacifier les tensions et de reconnaître officiellement la dualité linguistique du pays. De l’autre, les détracteurs craignent que cette décentralisation ne fragilise davantage l’unité nationale et n’ouvre la porte à des revendications encore plus radicales.

Les arguments en faveur du fédéralisme

  • Reconnaissance des spécificités régionales : Le fédéralisme permettrait de mieux prendre en compte les besoins des régions anglophones, souvent marginalisées dans les décisions nationales.
  • Renforcement de la cohésion nationale : En partageant le pouvoir, l’État central pourrait réduire les frustrations et favoriser une meilleure intégration des citoyens.
  • Modèle éprouvé ailleurs : Plusieurs pays africains, comme le Nigeria, ont adopté ce système avec des résultats mitigés mais encourageants pour le Cameroun.

Les craintes liées à cette réforme

  • Risque de fragmentation : Certains craignent que l’octroi d’une autonomie accrue ne renforce les velléités indépendantistes dans les régions anglophones.
  • Complexité administrative : La mise en place d’un système fédéral nécessite des réformes profondes, coûteuses et longues à mettre en œuvre.
  • Opposition des partisans de l’unitarisme : Une partie de l’élite politique camerounaise reste attachée à l’idée d’un État fort et centralisé.

Un débat qui dépasse les clivages politiques

La question du fédéralisme dépasse largement les clivages partisans. Elle touche à l’identité même du Cameroun et à la manière dont le pays souhaite se projeter dans l’avenir. Pour les citoyens, cette réforme représente une opportunité de réinventer le vivre-ensemble, mais aussi un défi majeur pour les générations futures.

Les autorités camerounaises, conscientes de l’enjeu, semblent désormais plus ouvertes à la discussion. Pourtant, le chemin vers une éventuelle modification constitutionnelle reste semé d’embûches. La prudence est de mise, car une réforme mal calibrée pourrait aggraver les tensions plutôt que les apaiser.

En définitive, le Cameroun se trouve à un moment charnière de son histoire. Le choix entre un État unifié et un système fédéral ne sera pas simple, mais il pourrait bien déterminer l’avenir de la paix et de la stabilité dans le pays. Une chose est sûre : l’heure des décisions approche, et elles seront déterminantes pour les décennies à venir.

Ahmadou Ahidjo

Paul Biya