Le Bénin face à une tentative de putsch

Dimanche, le Bénin a été le théâtre d’événements alarmants, avec des coups de feu retentissant dans la capitale économique, Cotonou, et l’accès au palais présidentiel bloqué par des militaires. Face à cette agitation, les autorités béninoises ont rapidement affirmé avoir mis en échec une tentative de coup d’État destinée à renverser le président Patrice Talon. Ce dernier a tenu à rassurer la population, déclarant que la situation était « totalement sous contrôle », tandis que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) annonçait l’envoi d’un soutien militaire au pays.

Cette crise survient à l’approche de la fin du second mandat du président Talon, qui doit quitter ses fonctions en 2026. Le Bénin, une nation d’Afrique de l’Ouest reconnue pour sa croissance économique dynamique, fait cependant face à des défis sécuritaires croissants, notamment des violences djihadistes dans sa région septentrionale.

L’instabilité politique est une réalité préoccupante en Afrique de l’Ouest depuis le début de la décennie. Plusieurs pays voisins du Bénin, tels que le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ont connu des coups d’État, tout comme la Guinée et, plus récemment fin novembre, la Guinée-Bissau. Cette tentative de putsch au Bénin s’inscrit donc dans un contexte régional tendu.

Chronologie des événements à Cotonou

Dans la matinée de dimanche, des militaires ont fait une apparition remarquée à la télévision nationale, peu après des échanges de tirs à proximité du palais présidentiel. Ils ont alors déclaré la destitution du président Talon, justifiant leur action par une « dégradation de la situation sécuritaire » et une « remise en cause des libertés fondamentales » au Bénin.

Cependant, quelques heures plus tard, le ministre de l’Intérieur béninois, Alassane Seidou, est intervenu à la même antenne pour démentir ces allégations et confirmer l’échec de cette tentative de prise de pouvoir.

En soirée, le président Patrice Talon s’est adressé à la nation, réaffirmant le « contrôle total » de la situation et garantissant le maintien de la « sécurité et de l’ordre public » sur l’ensemble du territoire national. Il a également promis que « cette forfaiture ne restera pas impunie », saluant au passage le courage et la réactivité des militaires de la garde républicaine à son retour au palais présidentiel.

Réactions internationales et situation locale

La France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, a rapidement condamné la tentative de coup d’État dimanche soir, exhortant ses citoyens résidant au Bénin à faire preuve de « la plus grande prudence » et à « rester confinés » en raison d’un environnement jugé « encore volatil ».

À Cotonou, la capitale économique, la journée s’est déroulée relativement normalement pour la majorité des habitants, mais la ville s’est vidée plus tôt que d’habitude en soirée. Des barrages militaires ont été érigés autour du palais présidentiel et du camp militaire de Guézo, renforçant la présence sécuritaire.

Des témoignages recueillis sur place reflètent l’inquiétude de la population. Michelle Eudoxie, coiffeuse de 50 ans, confie : « Ce soir, on va essayer de rentrer plus tôt. On ne sait pas qui est à la base de ce coup d’État. » Nabil Sacca, un vendeur d’essence présent près du palais présidentiel, a partagé son expérience : « Ce matin j’ai commencé à entendre les sons des balles. J’ai quitté le quartier pour aller ailleurs parce que j’ai eu peur. »

Intervention régionale et antécédents

À la suite des événements, des sources militaires ont rapporté l’arrestation d’environ une douzaine de soldats, dont plusieurs impliqués dans la tentative de putsch. L’identité du chef des mutins, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, n’a pas été confirmée parmi les personnes appréhendées.

Dans l’après-midi, l’aviation nigériane a effectué des frappes aériennes à Cotonou, conformément aux « protocoles de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) », a déclaré le général Ehimen Ejodamen, porte-parole de l’armée de l’air nigériane, sans spécifier les objectifs des frappes.

La CEDEAO a par la suite officialisé le « déploiement immédiat » de contingents militaires provenant du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Cette force a pour mission de soutenir « le gouvernement et l’armée républicaine » du Bénin et d’assurer la « préservation de l’ordre constitutionnel ».

La Force en attente de la CEDEAO, dont le rôle est d’assurer la paix et la stabilité régionale, a déjà démontré son efficacité, notamment lors de son déploiement en Gambie en 2017 pour gérer le refus de Yahya Jammeh de céder le pouvoir. Il est à noter qu’elle n’était pas intervenue en 2023 lors du coup d’État au Niger.

L’Union africaine (UA) a également exprimé sa condamnation « ferme et sans équivoque » de cette tentative de coup d’État.

Le Bénin, dont l’histoire politique est marquée par plusieurs tentatives de coups d’État, n’avait pas connu de tel événement depuis 1972. Pour Remy Agblo, un commerçant, « Aujourd’hui, c’est comme si je revivais ce que nos parents ont vécu en ce temps-là, heureusement que ça a été déjoué. »

Perspectives politiques et tensions préélectorales

Le président Patrice Talon, élu en 2016, s’apprête à conclure son second et dernier mandat en 2026, conformément aux dispositions constitutionnelles. Dans la perspective de l’élection présidentielle d’avril 2026, l’actuel ministre des Finances, Romuald Wadagni, est largement pressenti comme le favori pour succéder à Talon, notamment en raison de l’exclusion du principal parti d’opposition de la course électorale.

Cette période est marquée par une « tension perceptible dans le pays depuis des mois du fait des élections », comme le souligne Anatole Zinsou, un informaticien basé à Cotonou, qui s’inquiète de « l’exclusion » de certains acteurs majeurs des processus électoraux.

Bien que Patrice Talon soit reconnu pour ses efforts en faveur du développement économique du Bénin, ses détracteurs lui reprochent fréquemment d’avoir instauré une gouvernance plus autoritaire, éloignant le pays de son image passée de démocratie dynamique en Afrique de l’Ouest.