12 août 2026
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Face à une vague de critiques et de vives contestations concernant la convocation de la session extraordinaire du Parlement, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a pris la parole ce lundi. Son objectif : clarifier le cadre légal des travaux, détailler l’ordre du jour et dissiper ce qu’il a qualifié d’« amalgames ». Avec l’examen de cinq textes législatifs cruciaux et la mise en place de six commissions d’enquête, les débats s’annoncent particulièrement intenses, exacerbés par les attaques virulentes de figures de l’opposition comme Thierno Alassane Sall et les critiques acerbes du ministre conseiller du président de la République, Aldiouma Sow.

 

Cinq textes majeurs au cœur des débats parlementaires

L’ouverture de la première session extraordinaire de 2026 a été marquée par la détermination d’Ousmane Sonko, qui a défié ses détracteurs en affirmant que le Parlement mènerait ses travaux à terme. L’ordre du jour de cette session s’articule autour de cinq projets et propositions de lois fondamentaux. Trois émanent du gouvernement et deux du Parlement. Les députés sont appelés à examiner le projet de loi n°15-2026 portant Code du travail, le projet de loi n°16-2026 portant Code de la sécurité sociale, ainsi que le projet de loi n°25-2026 relatif à la protection des infrastructures critiques et à la sécurité numérique.

Cependant, l’attention se porte principalement sur la proposition de loi n°33-2026, visant à modifier l’article 37 de la Constitution, et la proposition de loi n°34-2026, encadrant le régime juridique des crédits spéciaux. Ces deux dernières propositions bénéficieront d’une procédure d’urgence, à la demande de leurs initiateurs, tandis que la Conférence des présidents définira le calendrier détaillé des travaux.

 

Six commissions d’enquête sous la loupe

En parallèle, cette session parlementaire doit valider la création de six commissions d’enquête. Leurs investigations cibleront des dossiers particulièrement sensibles qui ont alimenté l’actualité africaine et la mobilisation citoyenne, notamment les défaillances dans la gestion du foncier, les cessions d’immeubles faisant partie du patrimoine bâti de l’État, et l’utilisation de mécanismes financiers complexes comme les TRS.

Les parlementaires ont également l’intention de faire la lumière sur les irrégularités constatées dans le programme « Un étudiant, un ordinateur », les abandons de recettes, la gestion des exonérations fiscales, et les conditions d’attribution et de renouvellement des licences de pêche. Ces sujets sont au cœur des préoccupations des citoyens africains et de l’éveil citoyen en Afrique.

 

Un calendrier précis pour les enquêtes parlementaires

Concernant ces commissions, Ousmane Sonko a tenu à lever toute ambiguïté sur la durée des investigations. « Il n’a jamais été dit que les commissions d’enquête parlementaire vont se réunir et faire le travail dans les quinze jours », a-t-il précisé. Conformément à l’article 55 du règlement intérieur, chaque commission sera composée d’un maximum de onze députés, désignés au prorata des groupes parlementaires. Une fois la résolution ratifiée en plénière à la majorité absolue et sans débat, la commission élira son bureau, comprenant un président, deux vice-présidents et un rapporteur.

« Elles auront six mois, six mois au plus pour faire leur travail et déposer le rapport sur la table du Bureau de l’Assemblée nationale », a martelé le président de l’Assemblée nationale, rappelant que l’article 58 permet aux travaux de se poursuivre hors session. « Je tenais à faire ces précisions pour éviter certains amalgames », a-t-il insisté.

Auparavant, le chef de la majorité avait déjà répondu à ses détracteurs qui contestaient la compétence du Bureau de l’Assemblée nationale à convoquer une session extraordinaire. « Depuis la convocation de cette session extraordinaire, il y a eu beaucoup d’informations qui ont été distillées et qui ne sont pas conformes à la réalité, à la vérité des textes », a-t-il déclaré en début de son allocution, s’appuyant sur la Constitution et le règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Invoquant l’article 7 de ce dernier texte, il a précisé que la session peut être convoquée par une décision du Bureau, une demande écrite de la majorité des députés ou une initiative présidentielle. Selon le chef de la majorité, ceux qui affirment que le Bureau n’est pas habilité à convoquer une session extraordinaire n’ont pas saisi la portée des textes.

Thierno Alassane Sall critique la posture du pouvoir

Cette mise au point n’a pas suffi à apaiser l’ardeur de l’opposition. Présent dans l’hémicycle lors de cette session extraordinaire, Thierno Alassane Sall, député non-inscrit, est intervenu avec véhémence pour dénoncer la position du pouvoir concernant l’organisation des prochaines élections locales. Ses propos faisaient suite à des déclarations d’Ousmane Sonko dans le Jolof, accusant l’opposition de chercher un report.

« Tout le monde a vu la position du FDR. On réclame des élections à bonne date. Les élections doivent se tenir et il faut des discussions avec les acteurs politiques pour savoir ce qui retarde les choses. C’est ça la démocratie et la transparence, mais pas de s’enfermer dans un bureau pour manigancer des coups pour, au final, surprendre tout le monde », a tranché le leader de La République des Valeurs.

Remontant à la dissolution de l’Assemblée en 2024, le député a également dénoncé l’opacité entourant les avis du Conseil constitutionnel : « Ils avaient la réponse et j’avais écrit au Conseil constitutionnel pour lui demander de rendre publique sa décision. Mais les sept sages ont refusé. Parfois, le Conseil constitutionnel fait ce qu’il veut. Cette fois-ci encore, le président lui a demandé. Qu’il publie la décision. »

Il a ensuite ajouté, pour balayer les accusations du pouvoir : « Donc, qu’ils ne nous fatiguent pas. Nous sommes tous d’accord que les élections doivent se tenir à bonne date. »

Concernant le débat sur les fonds politiques, le député a également pointé du doigt le manque de transparence de l’Assemblée nationale, suggérant qu’Ousmane Sonko devrait montrer l’exemple au sein de l’hémicycle.

Fronde politique et dénonciation d’une « gestion messianique »

L’offensive s’est également manifestée sur le terrain politique. Via sa page Facebook, Aldiouma Sow a vivement critiqué la majorité parlementaire, soulignant un fort absentéisme lors de l’ouverture de la session. « Les 34 % d’absentéisme aujourd’hui à l’Assemblée nationale sont un signal d’un malaise profond dans les rangs de notre majorité parlementaire usurpée par le Messie-imposteur. Nous assistons sans doute au désaveu irréversible d’une gestion messianique de l’Hémicycle dont le pronostic vital est engagé. »

Il a poursuivi en affirmant : « Le point culminant de ce désaveu doit être la détermination publique des députés patriotes et républicains, dont le siège est aujourd’hui menacé par les anciens ministres, Sonko-dépendants, carriéristes recyclés en conseillers techniques du jour, tapis dans l’ombre du cabinet du Messie-imposteur et aux aguets pour prendre les places de ces derniers en cas de nouvelle législature. »