Analyse sociale
La vérité crue du tribalisme camerounais selon Jean Claude Mbede
Une tribune qui secoue le débat sur les divisions ethniques
Dans sa dernière tribune, l’essayiste camerounais Jean Claude Mbede, installé en Italie, lève le voile sur une réalité souvent passée sous silence : celle du tribalisme au Cameroun. Une analyse sans concession qui interroge les fondements mêmes de notre société.
Voici un extrait marquant de son texte :
#HistoiresDeTribalisme – Cameroun
J’ai choisi de partager des récits authentiques liés au tribalisme, ce phénomène qui s’infiltre là où on l’attend le moins, sous couvert de prétendue supériorité intellectuelle ou de privilèges. Laissez-moi vous conter une histoire qui expose l’imposture de notre système.
Récemment, j’échangeais avec une connaissance originaire du Grand Nord. Issue de l’ESSTIC et de l’IRIC – deux institutions où l’accès est réservé à une élite bien informée –, fille d’un haut fonctionnaire des douanes, elle n’est pas des plus brillantes de sa génération. Pourtant, elle a réussi ces concours que même des docteurs échouent chaque année. Dans ma famille, depuis l’indépendance, personne n’a jamais eu ce privilège.
Lors d’une conversation, elle m’a lancé : « Le Cameroun est un pays difficile, sauf pour les Beti qui contrôlent tout et ne s’entraident qu’entre eux. » Le cynisme a atteint son comble quand elle a ajouté que mon exil depuis vingt ans n’était qu’une question d’« orgueil ». Selon elle, il m’aurait suffi de « demander pardon » à mes « frères Beti » pour retrouver une place au Cameroun.
« Demander pardon pour quel crime ? Pour quelle faute ? », ai-je rétorqué.
Quand notre compatriote Beti, Martinez Zogo, suppliait ses bourreaux – soutenus par des élites de tous bords –, ces derniers ont-ils montré de la pitié ? Dans le groupe qui l’a assassiné, y avait-il une seule ethnie ? Non. Le crime et la corruption n’ont pas de couleur.
Lui rappeler qu’elle bénéficiait de ce système bien plus que la majorité des jeunes Beti ou d’autres régions n’a rien changé. En une phrase, elle a minimisé vingt ans d’exil, de sacrifices et de combats avec une désinvolture blessante.
Ma réponse a été sans appel : je l’ai bannie de mes contacts. Je n’ai aucune indulgence pour les tribalistes, surtout quand ils sont nantis.
Voici une vérité que chacun doit intégrer :
Au Cameroun, il n’existe en vérité que deux catégories :
- Ceux qui détiennent les clés du système : ils placent leurs enfants à l’IRIC, l’ESSTIC, l’ENAM ou l’EMIA grâce aux relations des élites.
- Nous, les autres : enfants de mères courageuses, de cultivateurs, contraints de vendre de l’eau à la sauvette pour survivre.
La véritable fracture n’est pas régionale, mais sociale. Ne vous laissez plus abuser par ceux qui profitent du système tout en se lamentant sur leur marginalisation.
J’ai rompu tout lien avec elle, car le tribalisme des privilégiés est le plus toxique de tous.
Jean Claude Mbede Fouda