L’affaire qui oppose Fadilou Kéita, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) du Sénégal, à des personnalités influentes de Kaolack a pris une nouvelle dimension ce mercredi. Le maire de la ville, Serigne Mboup, ainsi que Habibou Lèye, responsable du programme urbain « Cœur de ville », ont été entendus dans la matinée à la Sûreté urbaine de Dakar. Ces auditions font suite à une plainte déposée par Kéita, confirmant ainsi une escalade judiciaire dans un dossier désormais au cœur des tensions politiques.
Une plainte aux répercussions économiques et politiques
Serigne Mboup, ancien président de la Chambre nationale de commerce et figure emblématique du patronat sénégalais, se retrouve au centre d’un conflit qui dépasse le cadre personnel. Sa convocation à la Sûreté urbaine, un service spécialisé dans les enquêtes sensibles, souligne l’ampleur des accusations portées par le directeur de la CDC. Ces dernières portent sur des déclarations publiques jugées diffamatoires, dans un contexte où les rivalités entre acteurs économiques et politiques s’intensifient.
Habibou Lèye, impliqué dans le projet « Cœur de ville » visant à moderniser le centre de Kaolack, a également été entendu. Son audition suggère que l’enquête ne se limite pas à un incident isolé, mais vise une série de propos interconnectés. Les enquêteurs devront établir leur chronologie et leur impact sur l’opinion publique.
Fadilou Kéita, un acteur déterminé dans la défense de l’intérêt public
Nommé à la tête de la CDC sous le gouvernement de Diomaye Faye et Ousmane Sonko en 2024, Fadilou Kéita a adopté une posture proactive, publiant régulièrement des éléments de gestion qu’il juge problématiques. Cette transparence affichée a suscité des tensions avec certains élus locaux et acteurs économiques, dont le maire de Kaolack et des responsables du projet « Cœur de ville ». La plainte déposée contre ces derniers s’inscrit dans cette logique de fermeté, où chaque camp cherche à faire valoir ses arguments sur le terrain judiciaire.
La Sûreté urbaine, saisie par le parquet, mène désormais l’instruction préliminaire. Cette affaire illustre les défis auxquels font face les nouvelles autorités sénégalaises dans leur gestion des ressources publiques et des projets urbains.
Un épisode révélateur des tensions post-alternance
L’audition simultanée du maire de Kaolack et d’un cadre du projet « Cœur de ville » reflète les frictions croissantes entre les autorités centrales et certaines collectivités locales dirigées par des opposants politiques. Kaolack, troisième pôle économique du pays et plaque tournante du commerce avec la Gambie et le Mali, devient ainsi un observatoire des dynamiques en cours.
Le devenir du projet « Cœur de ville », financé par des bailleurs et soutenu par un montage juridique complexe, pourrait être compromis si ses responsables étaient fragilisés politiquement. Les habitants, qui attendent des résultats concrets, pourraient ainsi voir les délais de réalisation s’allonger. Les prochaines étapes judiciaires, encore incertaines, pourraient prendre trois formes : un classement sans suite, l’ouverture d’une information judiciaire ou une citation directe devant le tribunal correctionnel. Le choix retenu enverra un signal fort dans un contexte où les décisions judiciaires alimentent constamment le débat public au Sénégal.
Pour l’heure, Serigne Mboup et Habibou Lèye ont répondu à leur convocation ce mercredi matin.