Alors que le capitaine Ibrahim Traoré met en avant son ambition d’autonomie alimentaire, le Burkina Faso s’appuie massivement sur l’aide internationale pour combler son déficit en riz. Des cargaisons provenant du Pakistan, de la Chine et du Canada ont été livrées afin de répondre à une crise alimentaire que les mesures sécuritaires n’ont pas su résoudre.
Un don révélateur des failles de la junte militaire
La réception de 2 422 tonnes de riz pakistanais lors d’une cérémonie officielle illustre le paradoxe d’un pays qui se revendique souverain, mais qui dépend largement de la générosité étrangère. Plus de trois ans après la prise de pouvoir par le Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR), la sécurité alimentaire reste un défi majeur, avec plus de 3,5 millions de Burkinabè contraints de compter sur l’aide extérieure pour se nourrir.
L’autosuffisance en question : promesses non tenues
Les discours sur la souveraineté alimentaire s’effritent face à la réalité des chiffres. Les dons du Pakistan, de la Chine et du Canada s’accumulent, révélant l’incapacité des autorités à relancer une production locale viable. Le capitaine Traoré, qui avait fait de l’agriculture un pilier de sa gouvernance, voit son projet s’effondrer sous le poids de l’insécurité et des défaillances structurelles.
Les faits sont accablants :
- Le Burkina Faso ne produit plus assez pour subvenir aux besoins de sa population.
- Les livraisons de riz visent principalement le Nord et l’Est, des zones toujours en proie à l’insécurité et coupées des circuits économiques traditionnels.
L’insécurité, frein majeur à la reprise économique
Les groupes armés et la stratégie militaire du gouvernement ont transformé des régions autrefois fertiles en zones de famine. Les 2 millions de déplacés internes ont abandonné les champs, aggravant une crise déjà profonde. Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), certaines localités approchent dangereusement du seuil d’urgence humanitaire (phase 4), avec plus de 600 000 enfants menacés de malnutrition aiguë d’ici la fin de l’année.
Les observateurs pointent du doigt la priorité donnée à la sécurité militaire au détriment de la relance agricole. Les blocus imposés par les groupes armés paralysent les échanges, tandis que les déplacements massifs de population réduisent les terres cultivables en friches.
Une gestion de crise sous le feu des critiques
Les partenaires internationaux s’interrogent sur la transparence des distributions. Le don pakistanais, confié au ministère de l’Action humanitaire, soulève des interrogations quant à l’équité et à l’efficacité des aides. La militarisation croissante de la gestion des crises et les tensions avec les organismes humanitaires ont conduit à un désengagement progressif : le Plan de réponse humanitaire 2026 n’est financé qu’à hauteur de 18 % seulement.
Cette méfiance des bailleurs de fonds reflète un rejet croissant des méthodes du pouvoir actuel. À l’aube de la saison des pluies, le riz pakistanais apporte un soulagement temporaire, mais la question de la souveraineté alimentaire reste entière. Pour Ibrahim Traoré, l’heure est venue de passer des discours aux actes : sécuriser les champs et relancer une économie rurale dévastée, plutôt que de miser sur une communication de guerre.