13 mai 2026
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L’influence croissante des acteurs asiatiques et moyen-orientaux dans les infrastructures sénégalaises

Au Sénégal, les entreprises françaises voient leur domination historique sur les grands chantiers publics s’effriter progressivement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui, elles ne représentent plus que 5 % des marchés publics, contre plus de 30 % pour les entreprises chinoises. Cette mutation, observée sur les deux dernières décennies, s’illustre dans des secteurs clés comme les ports, les stades, les zones industrielles ou encore les hôtels.

Le port en eau profonde de Ndayane, situé au sud de Dakar, incarne parfaitement cette transition. Ce projet pharaonique, estimé à plus de 2 milliards de dollars, a été attribué à un consortium international piloté par des entreprises chinoises plutôt qu’à des acteurs français pourtant en lice. Selon David Gruar, directeur du chantier pour DP World (société émiratie à l’origine du projet), « les offres des entreprises françaises étaient environ 20 % plus élevées que celle retenue, sans pour autant garantir une meilleure qualité ». Résultat : la Chine s’impose comme un partenaire incontournable, répondant aux besoins logistiques et économiques du Sénégal.

Diamniadio, un autre symbole de la nouvelle donne économique

À quelques kilomètres de la capitale, la ville nouvelle de Diamniadio, conçue pour désengorger Dakar, raconte la même histoire. Les appels d’offres pour les infrastructures majeures — stade, gare, hôtels et immeubles d’habitation — ont été remportés par des entreprises turques, tandis que des acteurs tunisiens et chinois se partagent la plateforme industrielle. Bohoum Sow, secrétaire général de l’APROSI, confirme : « Nous ne connaissons aucune entreprise française implantée ici ». Un constat qui reflète une tendance de fond : les partenaires traditionnels du Sénégal perdent du terrain face à des concurrents plus agiles et mieux adaptés aux réalités locales.

Pourquoi les entreprises chinoises séduisent-elles le Sénégal ?

Selon les observateurs, la Chine a su saisir les attentes spécifiques du marché sénégalais. L’exemple d’une usine d’emballages en carton, où des techniciens chinois forment des employés locaux, illustre cette stratégie gagnant-gagnant. « C’est un modèle que nous saluons. Ils répondent à des besoins concrets et savent se diversifier », souligne Bohoum Sow. Depuis vingt ans, Pékin a fait de l’Afrique un axe central de sa diplomatie économique, au point que « c’est leur drapeau qui flotte sur les chantiers », comme le note un rapport d’analyse.

Les autorités sénégalaises justifient ce partenariat par son pragmatisme : « Le Sénégal a besoin d’infrastructures, et la Chine l’a compris. Les temps ont changé, et les partenaires aussi », déclare Bohoum Sow. Cette collaboration s’appuie sur une flexibilité et une réactivité que les entreprises françaises peinent à égaler, malgré leur expertise historique.

Les groupes français peuvent-ils encore rebondir ?

Malgré ce recul, quelques entreprises tricolores tentent de s’adapter. Le groupe Ragni, spécialisé dans l’éclairage public, a ainsi remporté un contrat de 70 millions d’euros pour déployer 36 000 lampadaires solaires au Sénégal. Une victoire qui s’explique par une stratégie locale : création d’une filiale sénégalaise dirigée par un cadre local, transfert de savoir-faire et partenariats avec la Banque de Développement française. « Flexibilité, qualité et coût maîtrisé ont été les clés de notre succès », explique Birama Diop, directeur de la filiale.

Caroline Richard, responsable de Proparco au Sénégal, reste optimiste : « Les entreprises françaises ont encore de belles cartes à jouer, à condition de répondre aux nouvelles exigences du marché. Leur compétitivité est réelle quand les critères sont exigeants ». Ainsi, derrière chaque projet innovant — comme les lampadaires solaires — se dessine un nouveau modèle : celui de groupes français contraints de repenser leur approche pour survivre dans un environnement concurrentiel dominé par des acteurs asiatiques et moyen-orientaux.

En définitive, la bataille des infrastructures au Sénégal n’est pas perdue pour les entreprises françaises, mais elle exige une refonte en profondeur de leurs méthodes pour rester compétitives.