9 juin 2026
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Le 15 mai 2026, une scène choquante a secoué l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, la députée Micheline Mpundu achève la lecture de sa motion d’information et quitte la tribune. Le deuxième vice-président, Christophe Mboso, qui présidait la séance, commente alors son apparence physique : « Merci collègue, elle est très belle… hein. » Puis, en lingala, il ajoute : « Regardez-la par vous-mêmes », imitant les formes de la députée avec ses mains, sous les rires et les applaudissements nourris de l’hémicycle. La séance s’est poursuivie comme si de rien n’était.

Ce n’est qu’après l’indignation de figures politiques, d’activistes et de défenseurs des droits humains, ainsi que sous la pression de sa hiérarchie, que Mboso a présenté des excuses plusieurs jours plus tard. Aucune sanction n’a été prise contre lui. Cet incident n’est pas un cas isolé ; il révèle un problème structurel profond au sein des institutions congolaises.

Un phénomène systémique bien documenté

Les violences sexistes dans les parlements ne sont pas propres à la RDC. Avant l’affaire Mboso, d’autres événements similaires avaient été rapportés à travers l’Afrique et le monde. Mes recherches en science politique, axées sur les masculinités dans les assemblées législatives congolaises, montrent que ces comportements traduisent un système patriarcal qui entrave la pleine participation des femmes en politique. L’augmentation du nombre de femmes élues dans les années 1990, avec les vagues de démocratisation, a suscité un espoir, mais cette présence s’est heurtée à des résistances structurelles de la part de collègues masculins, qui considèrent souvent la politique comme un domaine réservé aux hommes.

Une enquête mondiale menée en 2016 auprès de femmes parlementaires de 39 pays a révélé que plus de 65,5 % des élues avaient subi des agressions verbales et des insultes répétées pendant leur mandat, principalement de la part d’autres parlementaires masculins. Le problème dépasse les insultes : les femmes sont jugées sur leur apparence, leur situation matrimoniale ou leur conformité aux rôles traditionnels, plutôt que sur leur bilan politique. Et ce sexisme pénètre jusque dans l’hémicycle, comme le montre la vidéo de Mboso.

Ces applaudissements ne sont pas anodins. Selon la philosophe Kate Manne, ils révèlent un mécanisme de contrôle qui maintient les femmes en position subordonnée. Mona Lena Krook, spécialiste de la violence politique envers les femmes, parle de « violence sémiotique » : les gestes et les mots suffisent à rappeler aux élues qu’elles sont d’abord des corps avant d’être des législatrices. La colonialité du genre, concept développé par María Lugones, explique cette naturalisation de la hiérarchie comme un héritage colonial. Les femmes sont élues dans les mêmes urnes, sous les mêmes textes constitutionnels, mais restent soumises à des systèmes de contrôle patriarcal.

Des précédents africains et congolais

L’affaire Mboso fait écho à d’autres cas sur le continent. Au Sénégal, en 2022, la députée Amy Ndiaye, enceinte, a été giflée et frappée au ventre en plein hémicycle. Au Nigeria, en 2025, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue pour avoir dénoncé le harcèlement sexuel qu’elle subissait du président du Sénat. Ces trois femmes, issues de pays différents, ont vécu des violences similaires, prouvant que si les parlements africains tolèrent la voix des femmes, leur dignité n’est pas encore respectée.

En RDC même, d’autres incidents ont marqué les esprits. Le 30 avril 2020, l’ancien président du Sénat, Thambwe Mwamba, avait rabaissé la sénatrice Bijoux Ngoya en séance publique, l’accusant subtilement d’avoir sollicité son appui de manière inappropriée. Le 15 juillet 2021, le député Nsingi Pululu avait interrompu sa collègue Christelle Vuanga en lui disant simplement : « Vous êtes une femme », pour discréditer son argumentation. L’affaire Mboso n’a donc rien de surprenant : la RDC a ratifié des conventions, adopté des lois, mais dans l’hémicycle rien n’a changé.

Un écart persistant entre textes et pratiques

Simone de Beauvoir écrivait en 1949 que les femmes étaient définies comme « les autres ». En 2026, cette altérité persiste au Parlement congolais : les députées sont réduites à leur corps plutôt qu’à leurs prises de parole politiques. Ces incidents signalent que le système patriarcal sape la démocratie de l’intérieur. Tant que les comportements sexistes restent impunis, comme l’absence de sanction contre Mboso, le Parlement demeure un lieu misogyne, alors qu’il ne compte que 65 femmes sur 477 députés (13 %), dans un pays où elles représentent près de 51 % de la population.

D’autres parlements ont montré la voie avec des campagnes comme #NotTheCost ou #NotInMyParliament, prouvant qu’une culture peut changer grâce à des sanctions concrètes et à la protection des victimes. La RDC possède de belles lois, comme le projet sur les violences faites aux femmes examiné au Sénat en octobre 2025, mais une loi sans mise en œuvre reste un vœu. Le silence n’est plus une option : ne pas sanctionner Mboso envoie un signal clair à toutes les Congolaises qui envisagent une carrière politique.