26 juin 2026
12dca8a8-2163-4464-8a8c-bcbd481e277e

Dans un contexte international où les effets néfastes de la corruption sont de plus en plus reconnus, un événement majeur s’est tenu à Genève, s’inscrivant dans la continuité des travaux du Conseil des droits de l’Homme. La résolution 59/6, adoptée en juillet 2025, a établi un lien désormais incontesté entre la lutte contre la corruption et la protection des droits fondamentaux, deux domaines qui se renforcent mutuellement. Des instruments comme la Convention des Nations unies contre la corruption, la Déclaration de Marrakech de 2011 et la déclaration politique de l’UNGASS 2021 soulignent tous l’importance d’une approche préventive ancrée dans l’État de droit, la démocratie et les droits humains.

Dans ce cadre, le Maroc a présenté sa stratégie intégrée, qui combine politiques publiques, institutions nationales et engagements internationaux. L’ambassadeur Omar Zniber, représentant permanent du Royaume à Genève, a animé les discussions et qualifié cette initiative de « très importante » sur le plan multilatéral. Il a mis en avant les contributions de hauts responsables marocains et le rôle de leader du Maroc dans ce processus aux Nations unies, insistant sur la coordination des institutions nationales et l’alignement avec les objectifs stratégiques du Royaume en matière de transparence et de gouvernance.

El Habib Belkouch, délégué interministériel aux droits de l’Homme, a approfondi le débat en affirmant que la corruption constitue un obstacle majeur à la jouissance effective des droits de l’Homme. Allant au-delà des approches traditionnelles centrées sur la gouvernance ou la répression, il a souligné ses conséquences concrètes : lorsqu’elle entrave l’accès à la justice, aux soins de santé, à l’éducation ou à l’emploi, elle prive les individus de droits légitimes.

Belkouch a rappelé que chaque ressource détournée ou gaspillée à cause de la corruption est une ressource qui ne peut plus financer une école, un hôpital ou une politique publique, illustrant ainsi l’impact direct sur la vie quotidienne des citoyens. Il a également attiré l’attention sur le fait que les effets de la corruption pèsent souvent plus lourdement sur les groupes les plus vulnérables, notamment les femmes et les populations marginalisées.

Insistant sur les solutions, il a déclaré que la prévention est aujourd’hui l’un des leviers les plus efficaces, mettant en avant des principes clés comme la transparence, le droit d’accès à l’information, la participation citoyenne et la reddition des comptes. Ces éléments, a-t-il précisé, ne sont pas seulement des droits fondamentaux, mais aussi des outils essentiels de prévention de la corruption. Il a plaidé pour un renforcement des synergies entre institutions, soulignant que leur coordination est une priorité majeure pour améliorer l’efficacité des politiques publiques.

Mohamed Benalilou, président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, a donné une dimension encore plus structurelle à cette articulation. Selon lui, le lien entre ces deux champs évolue progressivement vers une interdépendance structurelle, traduisant une transformation profonde des cadres d’analyse et d’action.

Adoptant une approche centrée sur les victimes, il a souligné qu’il ne s’agit plus seulement de fonds détournés, mais de victimes réelles de la corruption privées de leurs droits, appelant à dépasser les paradigmes traditionnels. Il a également mis en lumière des dimensions encore insuffisamment prises en compte, comme la corruption fondée sur le genre, qu’il considère comme un obstacle intrinsèque à l’égalité.

Benalilou a insisté sur un tournant conceptuel majeur, estimant que la prévention de la corruption évolue vers une obligation positive pour les États de protéger les droits et les libertés. Dans cette logique, elle devient un élément essentiel de la diligence raisonnable en matière de droits de l’Homme.

Il a également plaidé pour préserver l’espace civique et reconnaître les lanceurs d’alerte comme des défenseurs des droits de l’Homme, tout en appelant à une transition vers un modèle d’intégrité institutionnelle, où les institutions ne se limitent pas à l’absence de corruption, mais protègent activement les droits et garantissent l’égalité.

Sur le plan international, il a insisté sur la nécessité de garantir une plus grande cohérence entre les processus de Genève, Vienne et New York, soulignant que les obligations issues de la Convention des Nations unies contre la corruption et celles relatives aux droits humains constituent deux facettes d’un même engagement. Il a appelé à la mise en place de passerelles structurelles entre institutions et à l’émergence d’une gouvernance préventive fondée sur les droits de l’Homme.

Au fil des échanges, un consensus s’est dégagé parmi les participants sur l’urgence de renforcer les synergies entre les différents acteurs — États, institutions internationales et société civile — afin de faire de la prévention de la corruption un levier essentiel de protection des droits humains. L’accent a notamment été mis sur le rôle de l’éducation, du renforcement des capacités, de la participation citoyenne et des technologies numériques, considérés comme des outils indispensables pour promouvoir une bonne gouvernance, renforcer la transparence et prévenir les abus.