L’iboga, du symbole spirituel à l’enjeu économique global
Une décision historique a été prise au Gabon : le gouvernement organise des Assises nationales dédiées à l’iboga, une plante sacrée devenue bien plus qu’un symbole culturel. Sous l’égide du vice-président Hermann Immongault, réunis en comité interministériel, les autorités gabonaises ont défini une feuille de route pour encadrer une ressource désormais convoitée à l’échelle internationale. Entre préservation des savoirs endémiques et régulation des usages modernes, le Gabon se trouve à la croisée des chemins : comment tirer profit de cette notoriété sans trahir son héritage ?
L’iboga, classée au patrimoine national depuis 2000, n’est plus seulement un pilier des rites traditionnels. La découverte de ses propriétés thérapeutiques a attiré l’attention des industries pharmaceutiques et des marchés étrangers. Face à cette demande croissante, le pays doit désormais concilier protection de sa biodiversité et développement économique, sous peine de perdre le contrôle sur un trésor qu’il a toujours cultivé avec ferveur.
Les Assises nationales : un levier pour reconquérir la maîtrise de l’iboga
Quatre jours de débats sont prévus pour rassembler tous les acteurs concernés : ministères, scientifiques, ONG, communautés autochtones et entrepreneurs. L’objectif ? Establir un cadre stratégique national qui encadre la valorisation de cette plante tout en respectant les engagements internationaux du Gabon, comme le Protocole de Nagoya.
Comme l’a souligné Paul Ulrich Kessany, ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, ces assises ne se contenteront pas de rédiger une liste de bonnes intentions. Elles aboutiront à un modèle équitable et durable, où les retombées bénéficieront en priorité aux populations locales détentrices du savoir ancestral. Une manière de rappeler que l’iboga, d’abord propriété culturelle, doit rester une richesse partagée.
Un décret pour brider l’exploitation sauvage et sécuriser l’avenir
Cette initiative s’appuie sur un décret publié en mai 2026, qui encadre strictement la recherche, l’exploitation et la commercialisation de l’iboga et de ses dérivés. Une nécessité face au risque de surexploitation et de pillage biologique, alors que la demande internationale ne cesse de croître.
En structurant cette filière, le Gabon ne cherche pas seulement à protéger son écosystème. Il entend aussi consolider sa souveraineté culturelle et économique, en évitant que des acteurs étrangers ne s’accaparent une ressource aussi stratégique. Les décisions qui découleront des Assises dessineront ainsi l’avenir d’une plante qui, pendant des siècles, a rythmé la vie des communautés, mais qui pourrait désormais redéfinir l’équilibre des pouvoirs.
Un héritage à préserver, des opportunités à saisir
- Pour les communautés locales : maintenir leurs droits sur les savoirs traditionnels et garantir une rémunération juste des ressources.
- Pour l’économie gabonaise : créer une filière légale et transparente qui génère emplois et revenus sans altérer la biodiversité.
- Pour la médecine mondiale : permettre un accès encadré aux propriétés thérapeutiques de l’iboga, tout en respectant les droits des populations.