Un virage industriel qui dépend de l’énergie hydroélectrique
Libreville — Le Gabon s’engage dans une transformation majeure de son secteur minier. L’objectif ? Passer de l’extraction à la transformation locale de son manganèse, une ressource stratégique. Mais cette ambition se heurte à un défi de taille : l’approvisionnement en électricité. Sans une énergie abondante, stable et compétitive, aucune usine métallurgique ne peut fonctionner durablement. C’est pourquoi l’État gabonais, en partenariat avec Eramet-Comilog et Sinohydro, explore activement des solutions hydroélectriques pour alimenter une future usine d’alliages de manganèse.
Des accords internationaux pour sécuriser l’avenir énergétique
Lors de la visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en Chine, une lettre d’intention a été signée à Pékin entre la République gabonaise, Eramet-Comilog et Sinohydro, filiale du groupe PowerChina. Cet accord vise à étudier les possibilités d’approvisionnement électrique d’un projet industriel d’envergure. L’hydroélectricité, notamment via le développement de centrales comme celle de Ngoulmendjim, est au cœur des discussions. Cette collaboration marque un tournant : elle associe désormais les acteurs miniers et énergétiques pour préparer conjointement les infrastructures nécessaires à une production industrielle durable.
Une feuille de route ambitieuse pour l’industrie locale
L’accord de Pékin s’inscrit dans une dynamique plus large. En juillet 2026, un protocole d’accord avait déjà été signé à Paris entre l’État gabonais, Eramet et sa filiale Comilog. Ce document prévoit trois scénarios industriels, avec un objectif clair : transformer localement jusqu’à 700 000 tonnes de manganèse par an d’ici fin 2031. Les projets incluent la construction d’une unité de production d’oxyde de manganèse près de Libreville, la modernisation du Complexe métallurgique de Moanda et le développement d’une nouvelle capacité de production d’alliages dans la zone côtière. L’enjeu ? Faire du Gabon un acteur clé de la chaîne de valeur du manganèse, et non plus seulement un fournisseur de matières premières.
L’électricité, un pilier de la souveraineté industrielle
La transformation du manganèse en alliages est un processus énergivore. Pour qu’une usine soit rentable, elle doit bénéficier d’une électricité fiable, compétitive et disponible sur le long terme. Le Gabon mise sur l’hydroélectricité pour répondre à ce besoin. Le site de Ngoulmendjim est évoqué comme une solution potentielle, mais les études doivent encore préciser les capacités nécessaires, les investissements requis et les modalités de fourniture. Une chose est sûre : sans cette énergie, le projet industriel perdrait toute sa viabilité économique.
Un impact économique bien au-delà du secteur minier
Les retombées de cette stratégie dépassent largement le cadre minier. Selon les prévisions budgétaires 2027, la production nationale de manganèse pourrait atteindre 10,35 millions de tonnes, avec une hausse de 8,6 % par rapport à 2026. Le gouvernement anticipe également une augmentation de 45 % du prix moyen de vente du minerai. Mais l’objectif n’est pas seulement quantitatif. Il s’agit de créer des emplois locaux, de développer des compétences industrielles, de renforcer la sous-traitance nationale et de stimuler l’émergence d’un écosystème économique autour du manganèse. Le partenariat avec Sinohydro pourrait notamment contribuer à la construction des infrastructures énergétiques nécessaires, tandis qu’Eramet-Comilog apporterait son expertise métallurgique.
De l’ambition politique à la réalité industrielle
Le succès de cette initiative dépendra de la capacité du Gabon à concilier politique énergétique, stratégie minière et développement industriel. Une usine sans énergie compétitive serait économiquement fragile ; une infrastructure énergétique sans débouchés productifs risquerait de rester sous-exploitée. Le comité de suivi, associant l’État, Eramet et Comilog, devra coordonner les études, évaluer la rentabilité et définir un calendrier réaliste. Une première unité de production d’oxyde de manganèse est envisagée dès fin 2028, tandis que les autres capacités s’inscriront dans une trajectoire industrielle jusqu’en 2031.
Qui profite vraiment de la richesse du sous-sol gabonais ?
Cette stratégie pose une question fondamentale : comment le Gabon peut-il capter davantage de valeur à partir de ses ressources naturelles ? L’enjeu n’est pas de rompre avec les partenaires internationaux, mais de construire des relations équilibrées où le territoire national accueille davantage d’activités productives, de technologies et de compétences. Le véritable succès se mesurera à la capacité du pays à transformer son sous-sol en puissance industrielle, son énergie en compétitivité et ses ressources en prospérité collective. Les prochains mois seront décisifs pour transformer ces ambitions en résultats concrets.
