Cameroun : les lourds impacts d’un an d’immobilisme politique sous biya

Un an après la reconduction de Paul Biya à la tête du Cameroun, les répercussions de ce mandat prolongé commencent à se matérialiser, tant pour les citoyens que pour les investisseurs étrangers. Entre promesses non tenues, réformes bloquées et crises persistantes, le pays paie le prix fort d’une gouvernance marquée par l’atonie institutionnelle. Les retombées se mesurent désormais en termes économiques, sociaux et géopolitiques, forçant les acteurs locaux comme internationaux à repenser leur engagement.

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Des promesses politiques en décalage avec la réalité

Ce qu’on annonçait comme un mandat de dialogue et de modernisation s’est transformé en une longue liste de projets reportés. À Yaoundé, l’écart entre les discours officiels et les réalisations concrètes alimente un mécontentement croissant. Le RDPC, parti au pouvoir, se retrouve sous le feu des critiques pour son incapacité à faire avancer les réformes clés, notamment celles qui touchent directement la crédibilité des institutions démocratiques.

Code électoral et gestion des élections : l’impasse persistante

La réforme du code électoral, promise depuis des années, reste au point mort. L’opposition, emmenée par des figures comme Maurice Kamto et Cabral Libii, réclame toujours une refonte profonde d’Elections Cameroon (Elecam), dont la composition est régulièrement contestée depuis sa création. Aucune feuille de route claire n’a été présentée, laissant planer le doute sur la volonté réelle de modernisation des processus électoraux. Cette inertie institutionnelle fragilise davantage la confiance des citoyens dans les mécanismes de gouvernance.

Crise anglophone : une économie locale asphyxiée par la violence

Le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en crise depuis 2016, continue de ravager l’économie locale. Bien que le Grand dialogue national de 2019 ait débouché sur l’adoption d’un statut spécial pour ces zones, sa mise en œuvre reste chaotique. Les affrontements entre forces de l’ordre et groupes séparatistes ont des répercussions dramatiques sur des secteurs clés comme la filière cacao, dont les deux régions représentent une part majeure de la production nationale. Les agences humanitaires estiment à plus de 500 000 le nombre de déplacés internes, un chiffre qui n’a que peu évolué malgré les années de conflit.

Croissance économique au ralenti : des marges de manœuvre réduites

Avec un taux de croissance oscillant entre 3,5 % et 4 % par an, l’économie camerounaise peine à absorber l’afflux annuel de jeunes sur le marché du travail. Le programme avec le Fonds monétaire international a permis de stabiliser la dette publique à environ 45 % du PIB, mais cette marge budgétaire étroite limite les capacités de l’État à lancer de grands projets d’infrastructures. Les investisseurs, notamment dans les secteurs stratégiques comme les hydrocarbures ou les télécoms, observent avec prudence cette situation, qui complique leur stratégie d’implantation à long terme.

Sécurité et insécurité : la menace permanente de Boko Haram

À l’Extrême-Nord, la menace terroriste de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest persiste malgré les opérations militaires et la Force multinationale mixte. Les localités autour du lac Tchad restent des cibles récurrentes, avec des conséquences humanitaires désastreuses. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies classe régulièrement cette zone parmi les plus exposées du Sahel élargi. Le gouvernement camerounais maintient un effort budgétaire militaire important, sans pour autant révéler une nouvelle doctrine sécuritaire adaptée à la situation actuelle.

Transitions et succession : l’ombre d’un vide politique

Plus de 90 ans après son accession au pouvoir, la question de la succession de Paul Biya refait surface dans le débat national. La révision constitutionnelle de 2008 a supprimé toute limitation de mandats, ouvrant la porte à des interprétations sur la durée de son règne. Les spéculations autour des intentions du secrétaire général de la présidence, du Premier ministre Joseph Dion Ngute, ou encore des cadres du RDPC se multiplient, notamment à l’approche des élections législatives et municipales. Les partenaires économiques, notamment la France, la Chine et les bailleurs multilatéraux, suivent de près ces signaux, conscients que l’incertitude institutionnelle pourrait peser sur leurs investissements dans des secteurs comme les hydrocarbures, le port de Kribi ou les télécoms.

Un deuxième anniversaire sous haute tension

Alors que le Cameroun s’apprête à célébrer le deuxième anniversaire de cette prolongation de mandat, les défis semblent s’accumuler. Entre réformes différées, crise anglophone non résolue, croissance économique atone et transitions politiques floues, le pays doit désormais faire face aux conséquences de plusieurs années d’immobilisme. Les citoyens, les entreprises et les investisseurs étrangers attendent des actions concrètes, faute de quoi les répercussions pourraient se révéler bien plus lourdes que prévu.

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