10 août 2026
399dee12-76d5-4645-a04e-b85529d7d42f

L’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ne donne aucun signe d’essoufflement. Le constat a été dressé par les autorités sanitaires locales et internationales lors des dernières évaluations sur le terrain. Depuis le 15 mai, date de sa déclaration officielle, cette flambée s’est transformée en l’une des plus graves jamais enregistrées, avec une propagation fulgurante et un bilan humain dramatique.

Selon les dernières données disponibles, plus de 1 850 personnes ont succombé à la maladie parmi environ 4 000 cas confirmés. Le taux de mortalité dépasse désormais les 40 %, un chiffre alarmant qui illustre l’urgence à contenir cette crise sanitaire. Le virus Bundibugyo, responsable de cette épidémie, s’est avéré particulièrement virulent : il a déjà causé cinq fois plus de décès que lors des précédentes flambées de cette souche sur une période similaire.

Une propagation accélérée par un contexte sécuritaire et logistique explosif

Plusieurs obstacles majeurs entravent la lutte contre cette épidémie. D’abord, la détection tardive des premiers cas. L’est de la RDC, et notamment la province de l’Ituri, est un territoire marqué par une insécurité chronique. Les attaques répétées des ADF, un groupe armé ougandais, et la présence de milices locales rendent les opérations médicales et la traçabilité des patients extrêmement complexes. Le Nord-Kivu, une autre zone touchée, est en partie sous le contrôle de groupes armés comme le M23, soutenu par le Rwanda, ce qui limite l’accès des équipes sanitaires aux populations vulnérables.

Ces violences ont provoqué des déplacements massifs de populations, avec des millions de personnes contraintes de quitter leur foyer pour se réfugier en Ouganda, au Burundi ou dans d’autres régions de la RDC. Cette crise humanitaire aggrave les conditions de vie et favorise la propagation du virus, dans un environnement où l’hygiène et l’accès aux soins sont souvent défaillants.

Autre problème de taille : la surveillance épidémiologique et les moyens de dépistage étaient insuffisants au début de l’épidémie. Le traçage des contacts, clé pour briser la chaîne de transmission, reste largement inopérant. À Bunia, épicentre de l’épidémie, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province de l’Ituri, seuls 59 % des contacts ont pu être identifiés, un chiffre bien en deçà des besoins. L’Africa CDC estime que pour chaque cas confirmé en zone urbaine, environ 40 contacts devraient être suivis, soit un total de 134 400 personnes. Or, seulement 17 500 ont été effectivement tracées, soit 13 % de l’objectif. Pire encore, près d’un cinquième des personnes recensées ne bénéficient d’aucun suivi régulier, en raison du manque de personnel ou des restrictions imposées par les conflits.

Des avancées thérapeutiques prometteuses mais encore limitées

Face à cette situation critique, des initiatives sont en cours pour tenter de freiner l’épidémie. Un essai clinique d’un vaccin contre la souche Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford, avec la participation de 50 volontaires adultes. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire Hilleman Laboratories, en vue d’une production rapide et de tests en RDC.

En attendant, l’Africa CDC a décidé d’injecter massivement le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola, bien que le variant Bundibugyo soit différent. Selon les experts, les patients vaccinés contre la souche Zaïre présentent des symptômes légers et ne meurent pas de la maladie. Plus de 40 patients participent également à un essai évaluant une combinaison de traitements.

Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a annoncé vouloir étendre l’utilisation du remdesivir, un antiviral, en RDC. Ce médicament a montré son efficacité en Ouganda, où il a permis de contenir rapidement une épidémie similaire. « Si le taux de létalité en Ouganda est de 10 %, c’est principalement grâce à l’utilisation du remdesivir pour tous les malades et les cas contacts », a-t-il souligné. Les projections des autorités sanitaires internationales laissent craindre que cette épidémie ne dépasse en ampleur celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 morts.

Une aide internationale trop lente à se mobiliser

Un autre frein majeur à la lutte contre Ebola réside dans le retard de l’aide internationale. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales fournies depuis des décennies par l’agence USAID. Ces coupes budgétaires ont affaibli les capacités de réponse du système de santé congolais, déjà fragilisé par des années de conflits et de négligence.

Le 5 août, le département d’État américain a finalement annoncé une nouvelle enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide directe des États-Unis contre Ebola à 512 millions de dollars. Cette somme, bien que significative, n’a été débloquée qu’après trois mois d’épidémie. Elle devrait enfin permettre à l’OMS et à l’Africa CDC de financer leur plan de réponse pour les six premiers mois, évalué à 518 millions de dollars. Pourtant, ce montant reste inférieur aux dépenses américaines passées en matière d’aide humanitaire et sanitaire pour des crises similaires.