3 juin 2026
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Ouagadougou – Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte militaire au Burkina Faso, a explicitement enjoint le peuple burkinabè à renoncer à l’idée de la démocratie. Lors d’une allocution diffusée le jeudi 2 avril sur la Radiotélévision du Burkina (RTB), le chef de l’État a déclaré sans ambages devant des journalistes locaux et internationaux, dont des représentants de la Rai italienne et de Sky News britannique : « La démocratie, ce n’est pas pour nous. »

La fin des ambitions électorales

Le jeune officier, qui a pris le pouvoir suite à un coup d’État en septembre 2022, a ainsi clairement mis fin à toute perspective de scrutin électoral à court ou moyen terme. Il a insisté : « Nous ne parlons même pas d’élections pour l’instant. Il faut que les gens oublient la question de la démocratie. »

Cette prise de position intervient quelques jours seulement après l’adoption, fin mars 2026, d’une « Charte de la Révolution ». Ce document confère à la junte une prolongation de son mandat de cinq années supplémentaires à partir de juillet 2024 et autorise expressément Ibrahim Traoré à se porter candidat lors des futures élections présidentielles, législatives et municipales.

Le démantèlement des institutions démocratiques

La transition initialement promise après le premier coup d’État de janvier 2022, dont la conclusion était prévue pour juillet 2024, semble désormais reléguée au passé. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a été dissoute en octobre 2025, et l’ensemble des partis politiques ont été prohibés en février 2026, marquant la fin des illusions démocratiques.

Un régime qui assume son tournant autoritaire

« Nous ne sommes pas dans une démocratie », avait déjà affirmé Ibrahim Traoré l’année précédente. Lors de son entretien fleuve de plus de deux heures jeudi soir, il a réitéré cette position avec une assurance manifeste, plaçant la « Révolution » au-dessus de toute considération démocratique. Le capitaine a ainsi confirmé ce que de nombreux observateurs pressentaient : le Burkina Faso est passé d’une phase de transition militaire à un régime dictatorial pleinement assumé.

Le sort de l’ancien dirigeant

Ibrahim Traoré a également abordé le dossier de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, récemment extradé du Togo. Accusé de corruption et de tentatives de putsch, Damiba est actuellement « entre les mains de la justice », selon les dires du chef de la junte.

Un bilan sécuritaire sous le feu des critiques

Alors que le Burkina Faso est englué depuis près d’une décennie dans une spirale de violences jihadistes, ayant entraîné des milliers de décès et des centaines de milliers de déplacements, le chef de la junte a catégoriquement réfuté les allégations documentées par diverses organisations non gouvernementales internationales. Celles-ci font état d’exactions commises par l’armée burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à l’encontre de populations civiles. Traoré a simplement rétorqué qu’« il n’y a pas de preuves ».

Rapprochement avec la Russie et restriction des libertés de la presse

Sur le plan international, Traoré a réaffirmé son partenariat avec la Russie, qui fournit des équipements militaires, tout en niant la présence d’instructeurs étrangers sur le territoire. Depuis son accession au pouvoir, le régime a constamment restreint la liberté de la presse, procédant à la suspension ou à l’interdiction de diffusion de nombreux médias internationaux et à l’expulsion de journalistes.

Le Burkina Faso s’enfonce dans l’autoritarisme

En exigeant ouvertement de son peuple qu’il abandonne l’idée de la démocratie, Ibrahim Traoré lève toute ambiguïté. Il entérine désormais, sans complexe, l’instauration d’un régime militaire pérenne, où les droits politiques et les libertés fondamentales sont sacrifiés au nom d’une « révolution » dont les résultats, tant sur le plan sécuritaire qu’économique, peinent à convaincre. Le Burkina Faso, jadis perçu comme un potentiel modèle démocratique dans la région, s’achemine chaque jour davantage vers un système autoritaire.