Ce lundi, la capitale malienne a été le théâtre d’une rencontre protocolaire très scrutée. Le Premier ministre algérien, Sifi Grine, y a été reçu par le chef de la junte au pouvoir, le général d’armée Assimi Goïta. Officiellement, ce tête-à-tête vise à redynamiser une relation bilatérale mise à rude épreuve ces derniers mois. Mais derrière les sourires de circonstance, les cicatrices d’une crise diplomatique profonde restent à vif.
Un rapprochement sous haute surveillance
La scène se déroule dans les salons feutrés du palais de Koulouba. Sifi Grine et Assimi Goïta affichent une entente retrouvée, posant côte à côte pour les photographes. Les deux hommes évoquent la coopération sécuritaire et les échanges économiques dans un Sahel en proie à de multiples défis. Pour Alger, ce déplacement s’inscrit dans une volonté de réaffirmer son influence dans son flanc sud. Pour Bamako, il s’agit de briser un isolement international de plus en plus pesant. Mais cette démonstration d’unité suffit-elle à masquer les fractures ?
Le poids des accusations passées
L’histoire récente entre les deux pays est loin d’être un long fleuve tranquille. Il y a quelques mois à peine, la junte malienne multipliait les attaques verbales contre son voisin du Nord. Elle l’accusait d’ingérence, de soutenir des figures de l’opposition et des groupes rebelles autonomistes du Nord. En désignant Alger comme bouc émissaire, Bamako cherchait à détourner l’attention sur ses propres échecs sécuritaires.
Cette crise a laissé des traces. La confiance entre les deux gouvernements a été sérieusement érodée. Le rapprochement actuel ressemble donc davantage à un mariage de raison qu’à une réconciliation sincère.
Des intérêts divergents mais convergents
Si les deux parties affichent leur volonté d’aller de l’avant, c’est parce qu’elles y trouvent chacune un intérêt bien compris. Alger ne peut se permettre un foyer d’instabilité à sa frontière sud, avec son lot de trafics et de menaces terroristes. Bamako, de son côté, a besoin de diversifier ses partenaires après avoir rompu avec plusieurs alliés occidentaux.
Cette visite s’inscrit dans une realpolitik où les émotions sont mises de côté au profit d’un pragmatisme froid. Il s’agit de sauver les apparences et d’éviter une rupture définitive, sans pour autant effacer les ressentiments.
L’accord d’Alger, un atout dans la manche algérienne
Dans ce jeu de dupes, l’Algérie garde une carte maîtresse : l’Accord d’Alger de 2015. En dénonçant cet accord début 2024, la junte pensait s’affranchir de toute tutelle. Mais la réalité du terrain lui a donné tort. Sans ce cadre, la paix dans le nord du Mali reste un mirage et la menace sécuritaire persiste.
En se rendant à Bamako, Alger rappelle qu’elle reste un acteur incontournable. Bamako peut tenter de l’ignorer, mais elle devra toujours compter avec elle.
Les limites d’une diplomatie de façade
Cette visite offre un répit médiatique au général Goïta, mais elle ne résout rien sur le fond. La junte continue de repousser le retour à l’ordre constitutionnel et de fonder son pouvoir sur la rhétorique sécuritaire. Sans avancées concrètes sur ces questions, les promesses échangées ce lundi resteront lettre morte.
Derrière les uniformes et les poignées de main, la relation entre Bamako et Alger demeure un terrain miné. Chacun attend le faux pas de l’autre, et la méfiance reste la règle. L’avenir dira si ce rapprochement était une véritable main tendue ou un simple écran de fumée.