21 mai 2026
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L’Alliance des États du Sahel (AES) traverse une épreuve majeure qui fragilise sa crédibilité. Lors des attaques simultanées menées fin avril 2026 contre plusieurs positions stratégiques des forces maliennes, ni le Burkina Faso ni le Niger n’ont répondu à l’appel à l’aide de Bamako. Cette absence de renforts militaires contraste vivement avec les engagements solennels inscrits dans la charte du Liptako-Gourma, signée en septembre 2023, qui prévoit une assistance mutuelle en cas d’agression extérieure.

Les offensives coordonnées ont ciblé des zones clés du nord et du centre du Mali, frappant des bases militaires et des infrastructures attribuées à des groupes armés étrangers. Les assaillants, issus du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (lié à Al-Qaïda) et du Cadre stratégique permanent pour la défense du peuple de l’Azawad, ont agi avec une précision tactique dévastatrice. Pour les autorités maliennes, l’impact psychologique de ces attaques a été aussi lourd que les dégâts matériels.

Une charte militaire ignorée au profit des priorités nationales

Le texte fondateur de l’AES est pourtant clair : toute attaque contre un membre doit être considérée comme une menace collective, engageant une réponse militaire immédiate. Cette clause rappelle le principe de l’article 5 de l’OTAN, adapté à un contexte où le Mali lutte depuis plus de dix ans contre une insurrection persistante.

En réalité, le Burkina Faso et le Niger sont eux-mêmes aux prises avec des défis sécuritaires majeurs. Le capitaine Ibrahim Traoré doit gérer une expansion djihadiste qui grignote progressivement le territoire burkinabè, tandis que le général Abdourahamane Tiani renforce ses positions aux frontières sud du Niger. Aucun des deux pays ne dispose des ressources nécessaires pour envoyer des troupes au Mali sans affaiblir ses propres défenses.

Pourtant, l’argument des capacités limitées ne suffit pas à justifier l’absence totale de gestes symboliques. Aucune mission de renseignement, aucun déploiement minimal, ni même un transfert de matériel n’a été observé, malgré les déclarations de solidarité répétées. La fédération sahélienne, officiellement lancée à Niamey en juillet 2024, peine à se doter d’une structure décisionnelle opérationnelle en cas de crise.

Le Mali isolé face à une insurrection en mutation

Le colonel Assimi Goïta se retrouve dans une situation de plus en plus précaire. Le retrait de la MINUSMA fin 2023 et la rupture avec les alliés occidentaux ont laissé l’armée malienne dépendante d’un soutien russe en pleine restructuration. L’Africa Corps, nouvelle entité sous contrôle direct du ministère russe de la Défense, opère désormais avec une approche plus formalisée, mais ses effectifs restent en recomposition.

Les pertes subies lors des attaques d’avril 2026 soulèvent des doutes sur la capacité des forces maliennes à conserver les territoires reconquis. Plusieurs observateurs régionaux pointent une coordination insuffisante entre l’armée malienne et ses auxiliaires russes, exploitées par les groupes armés. La synchronisation des offensives djihadistes et indépendantistes révèle une convergence tactique préoccupante pour l’état-major de Bamako.

L’AES : un projet politique avant tout un pacte militaire

L’échec du soutien sahélien met en lumière la véritable nature de l’AES. Cette alliance sert avant tout à légitimer les régimes militaires issus de coups d’État et à marquer une rupture avec la Cédéao, effective depuis janvier 2025. Les initiatives économiques, comme la future monnaie commune ou le passeport biométrique, mobilisent davantage les diplomates que les états-majors.

Pour les capitales voisines, les événements d’avril 2026 constituent un signal d’alerte. Si la solidarité militaire reste théorique, chaque pays devra compter sur ses propres moyens ou sur des partenariats extérieurs. La question d’une transformation de l’AES en simple cadre politique, dépourvu de force opérationnelle, s’impose désormais comme une hypothèse crédible dans les cercles militaires de la sous-région.