14 août 2026
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La décision, officialisée par le ministre camerounais des Finances Louis Paul Motazé, s’inscrit dans le cadre de l’Accord de partenariat économique (APE) conclu entre le Cameroun, l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni. Elle concerne le troisième contingent de produits stratégiques pour les finances publiques, en raison de leur rôle clé dans les recettes douanières. Le calendrier prévoit une réduction annuelle de 10 % des droits de douane, menant à leur suppression totale d’ici 2030.

En pratique, cette baisse s’applique aux véhicules utilitaires, aux carburants, aux ciments, aux peintures et aux emballages industriels en provenance des Vingt-Sept et du Royaume-Uni. Elle prolonge un calendrier déjà engagé pour les deux premières catégories. Depuis le 4 août 2023, les biens du deuxième groupe, incluant plâtres, clinkers, camions, remorques et groupes électrogènes, entrent au Cameroun sans droits de douane. Ceux du premier groupe, regroupant produits pharmaceutiques, engrais, pesticides, ordinateurs, gaz ou tracteurs, bénéficient de cette exonération depuis le 4 août 2019.

Des pertes douanières maîtrisées pour l’État camerounais

Initialement craintes pour leur impact budgétaire, les APE n’ont pas provoqué l’effondrement redouté des finances publiques du Cameroun. Les données officielles indiquent que les pertes cumulées sur dix ans s’élèvent à environ 103 milliards de FCFA, soit une moyenne annuelle légèrement supérieure à 10 milliards. Un chiffre significatif, mais gérable au vu de la croissance des recettes globales.

En effet, les recettes douanières totales du pays ont franchi pour la première fois la barre symbolique des 1 000 milliards de FCFA à la clôture de l’exercice 2023. Ce phénomène, a priori contradictoire avec la baisse des droits sur les importations européennes, s’explique par une diversification des flux commerciaux. L’élargissement des partenariats, notamment vers l’Asie, a permis de compenser la baisse des recettes européennes par un élargissement de l’assiette fiscale.

La Chine, principal bénéficiaire inattendu de l’APE

L’une des ironies de cet accord réside dans le fait que la préférence tarifaire accordée à l’Europe n’a pas freiné l’ascension commerciale de la Chine. Dès 2013, Pékin est devenu le premier client et fournisseur du Cameroun en commerce bilatéral, une position qu’elle n’a cessé de renforcer depuis. Ce constat est confirmé par le rapport 2024 sur la compétitivité de l’économie camerounaise, produit par le Comité de compétitivité du ministère de l’Économie.

Sur le segment des machines et équipements, la part de marché chinoise est passée de 23,8 % en 2016 à 52,5 % en 2024, soit une progression de 28,7 points en huit ans. Dans le même temps, la part de l’UE est passée de 50,1 % à 29,3 % en 2023, avant un léger rebond à 32,3 % en 2024. Cette chute de près de 20 points questionne l’efficacité de la préférence tarifaire européenne face à la compétitivité prix des exportateurs chinois.

Une concentration des avantages fiscaux entre les mains de quelques acteurs

L’analyse des bénéficiaires révèle une autre faiblesse structurelle de l’accord. Au 31 décembre 2023, sur les 1 021 entreprises ayant profité du tarif préférentiel APE, moins de 5 % ont capté environ 75 % des avantages fiscaux distribués. Les disparités s’observent également selon la taille des entreprises : les grandes structures concentrent 80 % des gains, laissant seulement 20 % aux petites et moyennes entreprises. Cette inégalité reflète à la fois la structure des importations formelles au Cameroun et les difficultés des PME à maîtriser les procédures douanières préférentielles.

Le Comité de compétitivité souligne que « l’examen de la répartition sectorielle des 50 premières entreprises ayant recours au tarif préférentiel de l’APE montre une domination des secteurs industriel et commercial ». À quatre ans de l’exonération totale prévue pour 2030, la question dépasse désormais le simple calcul douanier : il s’agit de concilier le maintien d’un ancrage historique avec l’Europe et la réalité d’une économie où la Chine dicte désormais le rythme.