3 juin 2026
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À Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, la politique de déguerpissement s’est intensifiée avec la destruction brutale du quartier Zimbabwe, situé dans le secteur de Vridi-3. L’opération, lancée un mardi du mois de juin, a concerné une superficie de 28 hectares, abritant depuis des décennies une communauté de pêcheurs. En quelques heures seulement, des milliers de résidents ont été contraints de quitter les lieux, dans des conditions jugées particulièrement éprouvantes par les témoins sur place. Cette action s’inscrit dans la continuité des évictions récentes, notamment à Cocody, où trois zones d’habitat informel ont été rasées à peine dix jours plus tôt.

Une opération présentée comme un assainissement urbain, mais contestée

Les autorités du district autonome d’Abidjan justifient ces opérations par la nécessité de rétablir l’ordre urbain et de réorganiser l’espace métropolitain. Le terme officiel employé, « opération de rétablissement de l’ordre urbain », reflète cette volonté de reprendre le contrôle de zones considérées comme occupées de manière irrégulière. Le quartier de Vridi-3, plus connu sous le nom de Zimbabwe, a été ciblé en priorité en raison de sa proximité immédiate avec les infrastructures portuaires et logistiques de la ville.

Pourtant, cette zone littorale joue un rôle économique majeur depuis des générations, notamment grâce à une activité de pêche artisanale qui approvisionne une partie substantielle des marchés abidjanais. Au-delà de la perte des habitations, la destruction du quartier Zimbabwe signifie la disparition soudaine d’un écosystème informel, mais essentiel pour des milliers de foyers. Les habitants dénoncent l’absence de préavis suffisant et de mesures d’accompagnement adaptées avant l’intervention des engins de démolition.

Une pression foncière exacerbée par les ambitions portuaires

La localisation du quartier Zimbabwe n’est pas un hasard. Le port autonome d’Abidjan, principale porte d’entrée des échanges commerciaux du pays, constitue l’un des pôles maritimes les plus dynamiques de la région du golfe de Guinée. Son extension constante, couplée à l’émergence de projets logistiques et industriels aux alentours, génère une pression foncière croissante sur les zones périphériques. Vridi, et notamment Vridi-3, est depuis plusieurs années au cœur des convoitises pour des aménagements liés au commerce, aux hydrocarbures et au tourisme balnéaire.

Dans cette perspective, les occupations dites précaires sont perçues par les urbanistes comme un frein à la valorisation économique du littoral. Cependant, cette logique de déguerpissement soulève des questions majeures, tant sur le plan social que réputationnel. Les associations de défense des droits humains avaient déjà alerté, lors des opérations précédentes, sur l’absence de solutions de relogement concrètes pour les populations déplacées.

Un enchaînement d’opérations qui interroge l’avenir de la métropole

L’éviction des habitants du quartier Zimbabwe s’ajoute à une série d’opérations similaires menées à Cocody, où trois quartiers précaires ont été rasés en quelques jours. Cette accélération des déguerpissements laisse entrevoir une stratégie plus large du district autonome, visant à reconfigurer l’espace urbain abidjanais avant l’échéance de grands projets d’aménagement. Pour l’exécutif local, dirigé par le gouverneur Ibrahim Cissé Bacongo, l’enjeu est de concilier une modernisation rapide avec la gestion d’une métropole comptant plus de six millions d’habitants.

Le sort réservé aux personnes expulsées reste cependant incertain. Aucune solution officielle de relogement n’a été communiquée pour les résidents du quartier Zimbabwe, alors que la saison des pluies approche. Cette période est particulièrement critique pour les populations sans abri, exposées aux intempéries et aux risques sanitaires. Les organisations locales craignent également un effet domino, avec l’émergence de nouvelles zones d’habitat précaire en périphérie de la capitale.

La tournure que prendront ces opérations dans les semaines à venir pourrait bien déterminer l’avenir de la politique urbaine ivoirienne. Une révision des méthodes pourrait s’imposer sous la pression sociale et internationale, remettant en cause le modèle de gouvernance métropolitaine défendu par les autorités d’Abidjan.