Une dynamique nouvelle pour le partenariat énergétique Algérie-Niger
Kafra Sud-Est 1
Mandaté par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Sifi Ghrieb s’est rendu jeudi au Niger. Sa mission : superviser, aux côtés de son homologue nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, le lancement officiel des opérations de forage du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1. Cet événement marque une étape significative dans le renforcement du partenariat stratégique entre Alger et Niamey, et témoigne de l’intensification de la présence de Sonatrach sur le sol nigérien.
À son arrivée sur le site pétrolier de Kafra, situé dans le Nord du Niger à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne, le Premier ministre a été accueilli par son homologue nigérien, entouré de membres du gouvernement et de hauts responsables nationaux. Cette visite s’inscrit dans une volonté partagée par les dirigeants des deux pays de donner un nouvel élan aux relations algéro-nigériennes, les faisant passer d’un rapprochement politique à une coopération économique et énergétique concrète et de plus grande envergure.
Le démarrage du forage de Kafra Sud-Est 1 s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il représente l’une des premières concrétisations sur le terrain de cette aspiration à consolider les projets communs dans des secteurs stratégiques, notamment l’énergie et les hydrocarbures. Sifi Ghrieb a d’ailleurs souligné que cette opération constituait « une nouvelle pierre à l’édifice » du partenariat stratégique Algérie-Niger, rappelant qu’elle intervenait quelques semaines seulement après l’inauguration de la centrale électrique de Niamey.
« Nous nous retrouvons aujourd’hui, deux mois et dix jours après l’inauguration de la centrale électrique de Niamey, pour poser ensemble une nouvelle pierre à l’édifice de notre partenariat stratégique », a déclaré le Premier ministre lors de la cérémonie officielle.
Cette nouvelle impulsion trouve son origine dans la détermination exprimée par le Président Abdelmadjid Tebboune et son homologue nigérien, le général d’armée Abdourahamane Tiani, de consolider les liens entre leurs nations et de traduire leur vision politique en programmes et projets tangibles. Elle s’inscrit également dans la mise en œuvre des conclusions de la deuxième session de la Grande commission mixte algéro-nigérienne de coopération, qui s’est tenue à Niamey les 23 et 24 mars 2026.
Une exploration aux enjeux stratégiques
Le forage du puits Kafra Sud-Est 1 fait partie d’opérations d’exploration approfondies, visant à évaluer précisément le potentiel pétrolier du champ de Kafra, avant d’envisager les phases ultérieures de développement et de production. Pour Sonatrach, l’enjeu est à la fois énergétique, industriel et stratégique. Le groupe algérien entend déployer son expertise au service de cette initiative tout en assurant une présence durable au Niger. Ce projet mobilise plusieurs filiales du groupe : l’Entreprise nationale de forage (Enafor) est chargée de coordonner les ressources humaines, techniques et logistiques nécessaires à la réalisation du puits ; l’Entreprise nationale de services aux puits (ENSP) intervient dans son domaine de compétence ; et l’Entreprise nationale de géophysique (ENG) apporte son savoir-faire aux opérations géophysiques. Cette mobilisation illustre l’excellence algérienne dans le secteur des hydrocarbures, permettant à Sonatrach de fédérer ses compétences autour d’un projet international.
Le P-dg d’Enafor, Brahim Hammoudi, a clairement affiché cette ambition, soulignant la volonté de son entreprise de « consacrer sa présence au Niger dans le cadre d’une vision de coopération durable ».
Au-delà de l’aspect technique du forage, Kafra Sud-Est 1 est conçu pour devenir une vitrine du savoir-faire algérien en matière de forage, tout en permettant à Enafor de renforcer son expérience sur les marchés internationaux.
Le Niger, un partenaire clé pour l’avenir
La coopération entre les deux pays ne devrait cependant pas se limiter aux seules activités d’exploration. Un mémorandum d’entente, signé le 2 juin dernier entre Enafor et la Société nationale nigérienne du pétrole (Sonidep), prévoit l’étude de la création d’une coentreprise spécialisée dans le forage. Cette initiative pourrait ouvrir la voie à une coopération industrielle plus poussée, axée notamment sur le transfert de compétences, la formation des ressources humaines et le renforcement des capacités locales. Pour l’Algérie, il s’agit à la fois d’étendre les activités de ses entreprises au Niger et de contribuer au développement de l’industrie pétrolière nigérienne. Pour Niamey, ce partenariat représente une opportunité précieuse de bénéficier de l’expérience et de l’expertise d’un groupe pétrolier ayant une longue histoire dans l’exploration et la production d’hydrocarbures.
Quatre puits d’exploration prévus
Kafra Sud-Est 1 constitue par ailleurs le premier jalon d’un programme d’exploration plus vaste. Selon Rabah Bouchak, directeur de SIPEX au Niger, Sonatrach envisage le lancement de quatre puits d’exploration dans le Nord du Niger au cours des deux prochaines années. Cette planification témoigne de l’intérêt croissant du groupe pour le potentiel énergétique de cette région et confirme sa volonté de consolider progressivement son implantation au Niger.
Les études et travaux réalisés jusqu’à présent ont mis en lumière des potentialités intéressantes en matière d’hydrocarbures, conférant une importance particulière aux prochaines opérations d’exploration.
Le lancement de Kafra Sud-Est 1 est donc une étape déterminante pour approfondir la connaissance du potentiel du champ et définir les perspectives de son éventuel développement.
L’expansion africaine de Sonatrach se confirme
Pour Sonatrach, le projet Kafra s’inscrit dans une stratégie plus large de développement de ses activités sur le continent africain. Le groupe algérien possède déjà une solide expérience dans plusieurs pays africains, notamment en Libye, où il intervient dans les activités d’exploration et de production. Le Niger apparaît désormais comme un nouvel axe stratégique pour l’expansion de ses opérations et de son expertise dans le domaine des hydrocarbures.
La présence de Sonatrach au Niger ne se limite donc plus à une intervention ponctuelle. Elle s’inscrit dans une stratégie à long terme combinant exploration, services pétroliers, transfert de compétences et développement de partenariats industriels.
À travers Kafra Sud-Est 1, l’Algérie entend ainsi valoriser son expertise énergétique tout en contribuant activement au développement du secteur pétrolier nigérien.
La visite du Premier ministre Sifi Ghrieb et le lancement officiel du forage traduisent, à cet égard, une évolution importante des relations bilatérales. Après la mise en service de la centrale électrique de Niamey, le secteur des hydrocarbures constitue désormais un nouveau terrain majeur de coopération.
Au-delà du forage d’un seul puits, Kafra Sud-Est 1 apparaît ainsi comme un projet à forte portée stratégique : il symbolise la volonté d’Alger et de Niamey de transformer leur rapprochement politique en un partenariat économique durable et de faire de l’énergie un levier essentiel de leur coopération et de leur développement mutuel.