30 septembre 2026
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Dix mois après avoir été renversé par un coup d’État militaire, Umaro Sissoco Embaló annonce son retour en Guinée-Bissau et sa candidature à l’élection présidentielle du 6 décembre 2026. Cette décision suscite des réactions contrastées et ouvre une période d’incertitude sur la scène politique bissau-guinéenne. Les observateurs s’interrogent sur les perspectives d’une transition déjà fragile et sur la capacité du pays à organiser un scrutin crédible.

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Un retour annoncé dans un contexte explosif

L’ancien président, renversé le 26 novembre 2025, a confirmé son intention de revenir dans l’arène électorale. Son retour est prévu le 4 octobre prochain. « Je serai candidat », a-t-il déclaré, selon l’AFP. Cette annonce intervient alors que le pays est dirigé par une junte militaire et que le processus électoral de 2025 a été interrompu. Le scrutin du 6 décembre doit officiellement mettre fin à la transition et restaurer un pouvoir civil élu.

Les circonstances du coup d’État de novembre 2025

Trois jours avant le putsch, les Bissau-Guinéens avaient voté lors d’une élection présidentielle et législative très disputée. Embaló et son principal adversaire, Fernando Dias, avaient tous deux revendiqué la victoire. Le 26 novembre, alors que la Commission électorale devait publier les premiers résultats provisoires, les militaires ont pris le contrôle des institutions. Embaló a été arrêté et le processus électoral suspendu. Le général Horta N’Tam, alors chef d’état-major et proche allié d’Embaló, a été installé comme président de transition.

La junte a justifié son intervention par la nécessité de préserver la sécurité nationale et de prévenir un prétendu projet de déstabilisation impliquant des acteurs liés au trafic de drogue. Aucun élément public n’a permis d’établir cette accusation de manière indépendante.

Le coup d’État a anéanti le processus électoral : la Commission électorale a déclaré que des procès-verbaux, des ordinateurs et les serveurs contenant les données du scrutin avaient été saisis ou détruits. Il est donc impossible de connaître officiellement le résultat de l’élection présidentielle de novembre 2025. Cette absence de résultat nourrit les controverses, certains adversaires d’Embaló l’accusant d’avoir organisé ou facilité le putsch pour empêcher la publication de résultats qui lui auraient été défavorables. Cette hypothèse n’a jamais été établie.

Un paysage politique profondément transformé

En dix mois, la Guinée-Bissau a connu des changements majeurs. La junte a organisé le 30 août 2026 un référendum constitutionnel qui a approuvé, selon les résultats provisoires, une nouvelle Constitution renforçant considérablement les pouvoirs du président. Celui-ci pourra notamment nommer et révoquer le Premier ministre et son gouvernement et, dans certaines circonstances, dissoudre le Parlement. Cette réforme intervient quelques mois avant la présidentielle. L’opposition, notamment le PAIGC, avait appelé au boycott du référendum, dénonçant un processus organisé sous contrôle militaire. Le scrutin a néanmoins été déclaré approuvé avec environ 70 % des suffrages exprimés.

Autre élément potentiellement déterminant pour Embaló : la nouvelle Constitution impose aux candidats à la présidentielle d’avoir résidé de manière continue dans le pays pendant les cinq années précédant l’élection. Elle prévoit également une caution de 50 millions de francs CFA. Ces nouvelles règles pourraient donc devenir un enjeu majeur pour la candidature de l’ancien président, exilé depuis son renversement.

Les défis de la reconquête du pouvoir

La question est désormais moins celle de son retour que de sa capacité à transformer ce retour en victoire électorale. Plusieurs facteurs jouent dans des directions différentes. D’un côté, Embaló conserve des réseaux politiques importants. Son ancien parti, le Madem G15, reste présent dans le paysage politique, et plusieurs personnalités issues de son entourage ont continué à occuper des responsabilités durant la transition. Le pouvoir militaire lui-même est dirigé par un ancien proche, même si la junte affirme aujourd’hui conduire une transition indépendante.

De l’autre, son image est profondément controversée. Ses adversaires l’accusent d’avoir affaibli les institutions démocratiques durant son mandat et d’avoir gouverné dans un contexte de tensions répétées avec le Parlement et l’opposition. Avant le coup de 2025, le pays avait déjà connu plusieurs crises politico-militaires.

Surtout, il manque un indicateur essentiel : le résultat de la présidentielle de novembre 2025. Aucun résultat officiel n’ayant été publié, il est impossible d’affirmer qu’Embaló disposait alors d’une majorité ou, à l’inverse, qu’il était en passe de perdre. Les revendications contradictoires de victoire formulées à l’époque par Embaló et Fernando Dias ne constituent pas une mesure électorale fiable.

Quelles perspectives pour le scrutin de décembre ?

La seule certitude est donc que le retour annoncé d’Embaló ouvre une nouvelle phase d’incertitude. Sa réussite dépendra notamment de son éligibilité au regard des nouvelles règles constitutionnelles, de l’organisation effective du scrutin, de la capacité de l’opposition à se réorganiser et de l’attitude de l’armée. Le 6 décembre pourrait ainsi devenir un moment décisif pour la Guinée-Bissau. Mais avant de savoir si Umaro Sissoco Embaló peut reconquérir la présidence, une question plus fondamentale demeure : le pays parviendra-t-il cette fois à organiser une élection dont les résultats seront effectivement publiés et reconnus par l’ensemble des acteurs politiques ? Après plusieurs décennies de coups d’État, de crises institutionnelles et de scrutins contestés, c’est probablement là que se jouera la véritable portée du scrutin de décembre.

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