touaregs et arabes du Mali : qui sont ces groupes en quête d’indépendance ?

Une nouvelle alliance militaire secoue actuellement le Mali. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste composé de Touaregs et d’Arabes, s’est associé au JNIM — groupe lié à Al-Qaïda — pour lancer une offensive d’envergure visant à reprendre le contrôle des régions septentrionales et centrales du pays, jusqu’alors sous l’autorité des forces gouvernementales.
Cette tentative de reconquête intervient deux mois après une première vague d’attaques coordonnées, menées conjointement par les deux groupes le 25 avril. Ces opérations avaient alors visé des zones stratégiques, dont Kati, bastion du pouvoir militaire malien, provoquant un véritable choc politique. Le bilan avait été lourd : le ministre de la Défense, Sadio Camara, avait péri lors des combats, tandis que le responsable des services de renseignement, Modibo Koné, avait été grièvement blessé.
Le FLA avait brièvement repris le contrôle de Kidal en 2024, une ville devenue un symbole de la présence militaire malienne et des forces russes du Africa Corps. Cependant, l’armée malienne avait rapidement repris la cité après une contre-offensive décisive.
Depuis ces événements, les tensions n’ont cessé de monter. Les autorités maliennes ont annoncé, début juin, une récompense de 12,4 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation ou à l’élimination des dirigeants du FLA et du JNIM. Dans le même temps, l’armée et l’Africa Corps intensifient leurs opérations, tandis que des investissements massifs sont réalisés pour renforcer les capacités militaires du pays.
Des comptes affiliés à des plateformes spécialisées dans la sécurité au Sahel rapportent un regain de mobilisation au sein du FLA, avec un recrutement accru parmi les populations du nord du Mali en préparation d’une nouvelle offensive.
qui compose le front de libération de l’azawad (fla) ?
Le FLA est né le 30 novembre 2024 à Tinzaouatene, une localité frontalière avec l’Algérie, de la fusion de plusieurs groupes armés séparatistes issus des communautés touarègues et arabes. Son objectif affiché : l’indépendance de l’Azawad, une région s’étendant entre Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka.
Cette entité succède au Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PDA), lui-même issu de la coalescence de plusieurs mouvements rebelles. Parmi eux figuraient le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), des factions du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et le Groupe d’autodéfense touareg Imghad (Gatia), bien que ce dernier ait traditionnellement adopté une position pro-gouvernementale.
L’histoire des mouvements touaregs remonte à 1988, lorsque le Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) fut fondé en Libye par des exilés algériens et libyens, sous l’égide d’Iyad Ag Ghali, actuel chef du JNIM.
Le FLA est dirigé par Bilal Ag Acherif, natif de Kidal en 1977. Ce dernier occupe une position centrale au sein du mouvement, tant sur le plan politique que stratégique. Son adjoint, Alghabass Ag Intalla, en charge des opérations militaires, entretient des relations étroites avec le JNIM. Fils d’Intallah Ag Attaher, ancien chef traditionnel Ifoghas décédé en 2014, il incarne une figure de pont entre les revendications autonomistes et les réalités locales.
Le porte-parole du groupe, Mohamed Ramadane, joue également un rôle clé dans la communication et la stratégie du mouvement.
les revendications du fla : une république pour l’azawad
Les communautés touarègues et arabes du nord du Mali nourrissent une opposition historique envers le gouvernement central depuis l’indépendance du pays en 1960. Cette défiance a donné lieu à plusieurs rébellions armées, notamment en 1962, entre 1990 et 1996, puis en 2012.
Le FLA aspire à la création d’un État souverain : la République de l’Azawad. Cette ambition touche environ deux millions de Touaregs dispersés à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord, dont l’unité a été fragilisée par les conséquences de la colonisation.
Les griefs envers Bamako sont multiples : marginalisation systémique sur les plans politique, économique et culturel, mais aussi exploitation insuffisante des richesses locales. Les régions du nord regorgent pourtant de ressources naturelles — sel, uranium, or, diamants et phosphates — sans que les bénéfices ne se concrétisent par des infrastructures essentielles : écoles, centres médicaux, réseaux d’eau ou d’électricité, ou routes praticables.
Bilal Ag Acherif a récemment réaffirmé la légitimité de cette quête d’indépendance, déclarant que l’Azawad « a été incorporé de force au Mali, sans égard pour son héritage en tant que civilisation autonome ».
Le gouvernement malien accuse plusieurs pays voisins, dont l’Algérie et la Mauritanie, de soutenir le FLA. L’Algérie avait d’ailleurs joué un rôle de médiateur lors des accords d’Alger signés en 2015 entre Bamako et les groupes armés du nord. Cependant, le Mali s’est retiré de cet accord en janvier 2024.
D’autres États, comme l’Ukraine, la Mauritanie et la France, ont également été pointés du doigt pour leur implication présumée dans le soutien à la cause des FLA.
L’effectif exact des combattants du FLA reste inconnu. Mohamed Ramadane a affirmé que le mouvement disposait d’une « présence militaire significative, s’étendant de la frontière mauritanienne à celle de l’Algérie ». Les principaux bastions se situeraient près de cette dernière, notamment à Kidal et Tinzaouatene.
Entre 2024 et 2025, le FLA a principalement eu recours à des drones kamikazes lors de ses assauts. Pourtant, les images diffusées par le groupe montrent régulièrement des colonnes de pick-up armés sillonnant le désert, aux côtés de combattants équipés de fusils.
une alliance fragile : fla et jnim, ennemis d’hier, alliés d’aujourd’hui
Iyad Ag Ghali, leader du JNIM, fut autrefois une figure majeure de la rébellion touarègue avant de se convertir à l’islam radical à la fin des années 1990. Les relations entre le FLA et le JNIM, bien que récentes, remontent à mi-2024.
En mai 2024, Alghabass Ag Intalla aurait entamé des discussions avec le JNIM dans le cadre du CSP-PDA. Mohamed Ramadane avait ensuite confirmé l’existence d’un « pacte tacite de non-agression » entre les deux mouvements.
En juillet 2024, le CSP-PDA, épaulé par le JNIM, a infligé de lourdes pertes aux forces maliennes et aux mercenaires russes de Wagner lors de la bataille de Tinzaouatene. Cependant, le groupe armé avait reproché au FLA de ne pas avoir reconnu « les sacrifices et la générosité » du JNIM dans ces combats.
En mars 2025, des médias locaux ont révélé que les deux factions avaient convenu de combattre ensemble l’armée et les troupes russes, après des négociations tenues fin février. Cette collaboration s’est concrétisée lors des attaques du 25 avril, officiellement reconnues par les deux parties.
Le FLA présente cette alliance comme une « convergence stratégique » visant à renverser le régime militaire malien. De son côté, le JNIM a justifié ce partenariat par la volonté des Touaregs de « promouvoir l’instauration de la charia ».
Bilal Ag Acherif a tenté de minimiser les divergences idéologiques, affirmant : « Il existe des différences, mais nous cherchons des solutions adaptées à notre contexte local. »
Malgré cette entente, la pérennité de cette collaboration reste incertaine, en raison des profondes divergences idéologiques et des objectifs distincts de chaque groupe.