Tchad abandonne la cour pénale internationale après des critiques répétées
Le gouvernement tchadien justifie son départ par une efficacité jugée insuffisante et des biais géopolitiques persistants.

Le gouvernement tchadien a officialisé sa décision de quitter la Cour pénale internationale, dénonçant une institution dont le bilan lui semble insuffisant et inéquitable. Dans un communiqué publié lundi, le porte-parole du gouvernement a souligné que cette sortie était le résultat d’une analyse approfondie du fonctionnement de la CPI depuis sa création en 2002.
« L’efficacité de la Cour reste limitée et à géométrie variable, avec une concentration disproportionnée sur le continent africain », a-t-il expliqué. Selon les chiffres avancés, sur les treize enquêtes ouvertes depuis l’entrée en vigueur du Statut de Rome, neuf visent des pays africains, contre seulement quatre dans d’autres régions du monde, sans résultats tangibles.
Le porte-parole a également souligné que, à ce jour, seulement sept personnes restent détenues par la Cour, dont six dans des affaires africaines. « Cette situation ne reflète pas l’équilibre nécessaire dans le traitement des crimes internationaux », a-t-il ajouté.
Une pression venue des États-Unis
Cette décision intervient après une sollicitation américaine. Jeudi, le sous-secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines a contacté son homologue tchadien pour l’inciter à réexaminer l’engagement de son pays auprès de la CPI. « Les États-Unis ont exprimé leurs réserves quant au fonctionnement de l’institution et ont encouragé le Tchad à reconsidérer son adhésion », a indiqué un communiqué.
Pourtant, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, a tenu à préciser : « Ce n’est pas sous la pression des Américains que nous avons pris cette décision. » Il a réaffirmé que le retrait s’inscrivait dans une réflexion de longue haleine sur l’efficacité de la Cour.
Un retrait controversé dans un contexte tendu
Cette annonce survient alors que le Tchad est sous le feu des projecteurs pour son rôle présumé dans l’approvisionnement en armes des Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises. Plusieurs organisations non gouvernementales et l’armée soudanaise accusent N’Djamena de faciliter le transit d’armes en provenance des Émirats arabes unis vers les FSR, en pleine guerre civile au Soudan.
« Le retrait du Tchad compromet les démarches en cours, notamment celle déposée en 2025 par des ONG pour dénoncer des crimes internationaux liés à ces livraisons d’armes », a réagi l’avocat français Vincent Brengarth. Il a également mis en garde contre un affaiblissement de la justice internationale, soulignant que ce départ « renforce les craintes de voir les responsables de crimes graves échapper à toute sanction ».
Les deux camps du conflit soudanais, régulièrement pointés du doigt pour des exactions contre les civils, restent sous surveillance internationale. Les accusations de crimes de guerre, incluant ciblage délibéré de populations et bombardements indiscriminés, se multiplient.
Quelques heures après le Tchad, le Venezuela a également annoncé son départ de la CPI, invoquant un « biais géographique » ayant conduit à une concentration excessive sur l’Afrique et l’Amérique latine. Une décision qui, comme celle de N’Djamena, interroge sur l’avenir de la justice pénale internationale.