27 juillet 2026
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Le Bénin fait face à une crise silencieuse qui menace son équilibre économique et social. L’épuisement accéléré de ses sols agricoles, autrefois fertiles, met en péril la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de Béninois. Face à cette urgence, un ambitieux projet baptisé Food Systems vient d’être lancé sous l’égide du gouvernement, avec le soutien de la FAO et du Fonds pour l’Environnement Mondial. Doté d’un budget de plus de 20 millions de dollars, ce programme phare vise à inverser la tendance d’ici 2030 en restaurant les terres dégradées et en modernisant les filières du maïs et du riz.

Un sol en détresse : l’économie béninoise en danger

L’agriculture est le pilier du développement au Bénin. Elle emploie près de 70 % de la population active, contribue à 26 % du PIB national et génère 80 % des recettes d’exportation. Pourtant, ce secteur vital est aujourd’hui fragilisé par un phénomène insidieux : la dégradation accélérée des sols. Lors de la cérémonie de lancement du projet Food Systems, organisée à l’hôtel Bénin Royal de Cotonou, le Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, M. Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a tiré la sonnette d’alarme.

« Une terre appauvrie produit moins, condamnant les agriculteurs à une précarité croissante. C’est un cercle vicieux dont il faut briser les maillons sans tarder. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières études, plus de 5 millions de personnes, soit près de 40 % de la population, subissent directement les conséquences de cette dégradation. Pire encore, 38 % du territoire national est désormais classé comme dégradé, entraînant une chute des rendements agricoles d’au moins 50 %. Cette situation prive les communautés rurales d’accès à des ressources essentielles comme l’eau et la nourriture, tout en aggravant le risque de pauvreté.

Food Systems : une révolution verte pour les filières du maïs et du riz

Pour contrer cette dégradation et relancer l’agriculture, le projet Food Systems ne se limite pas à des actions ponctuelles. Il s’agit d’une refonte globale des pratiques agricoles, conçue pour s’attaquer aux racines du problème. Développé en collaboration avec la FAO et le Fonds pour l’Environnement Mondial, ce programme ambitieux mise sur trois piliers : l’innovation technologique, la modernisation des politiques publiques et l’amélioration de l’accès aux marchés.

Les cultures ciblées, le maïs et le riz, sont au cœur de l’alimentation des Béninois, tant en milieu rural qu’urbain. L’objectif est clair : passer d’un modèle traditionnel peu productif et polluant à des systèmes agricoles durables, performants et économiquement viables. En modernisant les techniques de production et en renforçant les chaînes de valeur, le projet vise à transformer ces filières en véritables leviers de développement socio-économique.

Un financement solide pour des résultats concrets

Pour concrétiser cette vision, des moyens financiers et humains substantiels ont été mobilisés. Le budget total du projet s’élève à 20 766 207 dollars, répartis entre une contribution de 5 966 207 dollars du Fonds pour l’Environnement Mondial et un cofinancement de 14 800 000 dollars de l’État béninois. Ces ressources permettront de déployer des actions ciblées dans cinq communes stratégiques : Karimama, Malanville, Glazoué, Kétou et Les Aguégués.

Les résultats escomptés sont à la hauteur des enjeux. D’ici 2030, le projet permettra de restaurer 20 000 hectares de terres dégradées et d’introduire des pratiques agroécologiques sur plus de 114 900 hectares. Sur le plan humain, 36 000 producteurs bénéficieront directement de ces changements, tandis que 356 000 personnes en profiteront indirectement dans les zones concernées.

Une mise en œuvre sous haute surveillance

Malgré l’enthousiasme suscitée par ce projet, les responsables restent prudents. Le Ministre Adin Yeton Bloukounon Goubalan a insisté sur la nécessité de sélectionner avec rigueur les technologies de restauration des sols avant leur déploiement à grande échelle. La réussite du programme dépendra en grande partie de l’efficacité des méthodes appliquées sur le terrain.

Pour sa part, M. Paul-Henri Zoéwindé Bouda, Représentant résident de la FAO au Bénin, a souligné l’importance d’une collaboration étroite entre tous les acteurs impliqués :

« Aucune technologie, aussi performante soit-elle, ne suffira sans l’engagement total des producteurs, des institutions et des communautés locales. C’est ensemble que nous construirons une agriculture résiliente et durable. »

Vers une autonomie alimentaire renforcée

En s’attaquant à la dégradation des sols, le projet Food Systems ouvre la voie à une autonomie alimentaire durable pour le Bénin. Si les objectifs fixés sont atteints d’ici 2030, le pays pourra non seulement garantir ses approvisionnements en riz et en maïs, mais aussi servir de modèle pour d’autres nations de la région. Une transition écologique réussie pourrait ainsi inspirer des initiatives similaires bien au-delà des frontières béninoises.