Tchad : 150 détenus de Klessoum libérés sous décret, quel cap pour la justice pénitentiaire ?
La ministre de la Justice a présidé la libération de 150 détenus à la maison d’arrêt de Klessoum, en application du décret présidentiel portant remise collective de peines.

Quel horizon dessine donc la libération de 150 détenus de la Maison d’arrêt et de correction de Klessoum, actée sous le Décret N°2151/PR/2026 ? Au-delà de l’émotion d’une sortie collective, la journée du 16 septembre 2026 interroge la trajectoire de la justice tchadienne et le quotidien de centaines de foyers concernés par cette remise collective de peines.
Klessoum : la cérémonie qui a scellé la remise collective des peines
C’est dans l’enceinte même de l’établissement pénitentiaire que s’est tenue la cérémonie officielle de remise collective des peines, présidée ce mercredi 16 septembre 2026 par la ministre de la Justice, Garde des sceaux, chargée des droits humains, Mme Ndolenodji Alixe Naïmbaye. L’événement s’inscrivait dans l’exécution du Décret N°2151/PR/2026, texte qui ouvre la voie à la libération de condamnés dont les dossiers étaient définitifs.
Une assistance institutionnelle au complet
Plusieurs hauts responsables du secteur judiciaire et sécuritaire avaient fait le déplacement pour encadrer l’opération, parmi lesquels :
- le Procureur de la République près le tribunal de grande instance de N’Djamena ;
- le Président du tribunal de grande instance de N’Djamena ;
- le Procureur général près la cour d’appel de N’Djamena ;
- le secrétaire général du ministère de la Justice ;
- les responsables des forces de défense et de sécurité, ainsi que ceux de la société civile.
Comment 150 peines ont été purgées d’office
Le mécanisme est simple dans son principe : l’application immédiate du barème légal fixé par le texte réglementaire entraîne la libération d’office de cent cinquante (150) détenus, dont les peines résiduelles se trouvent désormais entièrement purgées. Autrement dit, ce sont des condamnés qui, sans cette décision, auraient continué de purger leur sanction derrière les murs de Klessoum.
Une clémence placée sous le signe de l’humanité et de l’équité
Dans son allocution, la ministre de la Justice a rendu un hommage appuyé au Chef de l’État, qui a choisi, pour des considérations d’humanité et d’équité, d’accorder sa clémence à des concitoyens faisant l’objet de décisions pénales définitives et exécutoires. « En effet, pour le Maréchal du Tchad, tout citoyen mérite une justice compétente, rapide, accessible et équitable », a-t-elle déclaré.
Elle a également rappelé que la grâce relève de la magnanimité souveraine et constitue un privilège régalien inscrit dans la Constitution. Le Président de la République y recourt régulièrement, dans de nombreuses circonstances, en faveur de milliers de condamnés dont les peines sont soit totalement remises, soit substituées par des sanctions plus légères.
C’est précisément dans ce cadre que le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, Président de la République et Chef de l’État, en sa qualité de père de la nation, a signé le Décret N°2151/2026 du 14 août 2026 portant remise collective de peines. La ministre a salué un geste qu’elle a décrit en ces termes : « un acte empreint d’humanisme et de compassion dont nous procédons solennellement à l’exécution ce jour est bien entendu, plus qu’un événement, c’est un temps fort où certains de nos concitoyens condamnés définitifs de droit commun bénéficieront d’une réduction partielle et échelonnée du quantum de leurs peines privatives de liberté voire d’une libération ».
Quels effets concrets sur la politique pénitentiaire ?
La ministre de la Justice a insisté sur la portée de cette décision au regard de la politique publique de la justice et de l’administration pénitentiaire. Deux logiques se croisent, selon elle : d’une part, une volonté affirmée d’humaniser les conditions de détention et d’aménager de manière pragmatique l’exécution des peines ; d’autre part, une clémence ciblée mais positive.
Ce que la mesure ne remet pas en cause
Un point de vigilance a été clairement posé : cette mesure de remise de peines s’applique exclusivement à la sanction pénale d’emprisonnement. Elle ne saurait effacer les droits de l’État, des parties civiles ni ceux des tiers.
Modernisation judiciaire : une feuille de route réaffirmée
Au nom du gouvernement, Ndolenodji Alixe Naïmbaye a réitéré la détermination de son département à poursuivre la modernisation des institutions de la justice et la consolidation de l’État de droit, en s’appuyant sur des partenaires dont elle a salué l’engagement constant à leurs côtés.
Attestations et photo de famille : l’épilogue d’une journée particulière
Durant la cérémonie, des attestations de mise en liberté ont été remises aux désormais ex-détenus ayant bénéficié de cette grâce accordée en vertu du Décret N°2151/PR/2026. Un moment de joie et d’émotion, qui s’est refermé sur une photo de famille destinée à immortaliser ce temps fort.