Enfermé depuis un an au Tchad, l’opposant Succès Masra, figure incontournable du paysage politique tchadien, croupit dans une cellule exiguë sans accès aux soins nécessaires. Son état de santé se dégrade jour après jour, alerte sa sœur Chancelle Masra, qui vit en France. Condamné à vingt ans de prison pour un message diffusé en 2023, officiellement accusé d’avoir attisé des violences intercommunautaires dans le sud du pays, l’ancien Premier ministre et leader des Transformateurs conteste farouchement ces accusations.
À l’issue de l’élection présidentielle de 2024, Succès Masra a obtenu 18 % des voix, confirmant son ancrage dans la société tchadienne malgré les obstacles. Pourtant, sa détention s’apparente à une véritable épreuve, tant physique que morale. Des médecins ont confirmé l’urgence d’une prise en charge médicale spécialisée, impossible à réaliser sur place.
une détention aux conditions indignes
Depuis le 16 mai 2025, Succès Masra est confiné dans un espace de moins de quinze mètres carrés, plongé dans l’obscurité permanente. Transféré dans un bureau de la coordination de la police judiciaire à N’Djaména, il ne dispose ni de lit, ni de conditions de détention dignes. Les visites de sa famille et de ses avocats, bien que désormais autorisées, restent soumises à des restrictions administratives. « Il a pu voir sa mère, mais chaque visite familiale exige une autorisation préalable», précise Chancelle Masra.
Isolé du monde extérieur, Succès Masra n’a plus aucun contact téléphonique. Tous ses appareils électroniques lui ont été confisqués, le coupant de sa fille, de son épouse et de sa sœur. Malgré les rumeurs circulant à N’Djaména sur d’éventuels échanges avec des autorités politiques, sa famille dément catégoriquement toute communication de ce type.
un dossier judiciaire vide, une injustice criante
Pour ses proches, la situation est sans équivoque : Succès Masra est un innocent. « Le dossier judiciaire est vide. Aucune preuve, aucun témoignage ne permet d’établir sa responsabilité dans les violences intercommunautaires», déclare Chancelle Masra. Depuis la création de son parti en 2018, Succès Masra n’a cessé de prôner le dialogue et la non-violence, allant jusqu’à signer un accord de paix avec le gouvernement en 2023. Il a également renoncé à son salaire de Premier ministre pour servir l’intérêt général.
Malgré son appel interjeté, aucune date n’a été fixée pour le procès en appel. « Enfermer un homme pacifique sans preuve ne résoudra pas les tensions communautaires», plaide sa sœur. Elle salue toutefois l’intervention de l’Union européenne, appelant au respect des droits fondamentaux au Tchad.
la mobilisation internationale, un soutien précieux
Face à cette situation, la famille Masra a reçu un soutien massif de la part d’organisations internationales et de personnalités influentes à travers le monde. « Amnesty International, Human Rights Watch, ACAT France… Tous ont exprimé leur solidarité. Cette mobilisation est ce qui maintient mon frère en vie», confie Chancelle Masra. Elle souligne cependant l’urgence de voir la liberté d’expression restaurée, non seulement au Tchad, mais aussi dans d’autres pays africains où elle est menacée.
Dans son message pour le huitième anniversaire des Transformateurs, Succès Masra a directement interpellé le président Mahamat Idriss Déby, l’exhortant à réparer ce qu’il qualifie d’erreur judiciaire. « Dans un pays qui se veut démocratique, la justice ne doit pas être instrumentalisée contre des opposants pacifiques», rappelle sa sœur.
un climat politique tchadien de plus en plus oppressif
Les récents développements au Tchad, notamment la condamnation de huit opposants du GCAP à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique, illustrent une dérive autoritaire. « Si les opposants ne peuvent plus s’exprimer librement, le Tchad n’est plus une démocratie», s’indigne Chancelle Masra. Elle dénonce une justice instrumentalisée, où les poursuites ne visent que ceux qui osent défier le pouvoir.
Quant aux défections au sein des Transformateurs, Chancelle Masra les relativise. « Deux départs sur des milliers de militants ne signifient pas un affaiblissement du parti. Succès Masra reste une figure de confiance pour des milliers de Tchadiens, y compris dans la diaspora».
Pour elle, la libération de son frère dépendra avant tout de la pression internationale et de la volonté des dirigeants tchadiens de respecter les droits humains. « Je souhaite que, comme moi en France, les Tchadiens puissent enfin jouir pleinement de leur liberté d’expression», conclut-elle.