Une économie sénégalaise en perte de vitesse
Depuis l’alternance politique de 2024, les attentes des citoyens étaient fortes : voir enfin l’économie du Sénégal retrouver son élan. Les initiatives comme l’Agenda Sénégal 2050 et le Plan de redressement économique et social (PRES) avaient suscité un regain d’espoir. Pourtant, près de trois ans après ces annonces, la réalité est tout autre. Le pays s’enfonce dans une impasse où les débats politiques prennent le pas sur les réformes économiques. Les projets structurants promis tardent à se matérialiser, et la polarisation politique ne fait qu’aggraver la situation.
Une croissance en chute libre
Les dernières données de la BCEAO, publiées en juin 2026, confirment cette tendance alarmante. Avec une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026, le Sénégal se classe parmi les économies les moins dynamiques de l’UEMOA. Derrière lui, des pays comme le Bénin (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,4 %), le Mali (6,1 %) ou le Niger (6,1 %) affichent des performances bien supérieures. Pire encore : le Sénégal, qui enregistrait une croissance de 7,8 % en 2025, voit ce chiffre chuter de 3,1 points en début d’année 2026, soit le recul le plus marqué de l’Union.
Cette baisse s’accompagne d’une chute brutale des investissements directs étrangers (IDE), passés de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Une situation qui reflète le manque de confiance des investisseurs et la difficulté du pays à attirer des capitaux.
La polarisation politique, frein majeur à la relance
La fragmentation du paysage politique sénégalais joue un rôle clé dans ce marasme. Les rivalités entre le camp présidentiel, avec la création du parti Kiiraye, et l’opposition, menée par le PASTEF, monopolisent l’espace médiatique et politique. Les préparatifs pour l’élection de 2029 commencent déjà, détournant l’attention des priorités économiques. Résultat : les politiques publiques peinent à se concrétiser, et les projets phares promis aux citoyens restent lettre morte.
L’instabilité institutionnelle, symbolisée par la dualité entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, a également ralenti la mise en œuvre des réformes. Comme le souligne un adage local, « casser le thermomètre ne fait pas disparaître la fièvre ». Les changements opérés à la tête du gouvernement n’ont pas suffi à accélérer la relance.
Trois leviers pour inverser la tendance
Face à cette situation critique, des actions urgentes s’imposent pour redonner au Sénégal son statut de locomotive économique en Afrique de l’Ouest. Trois axes prioritaires se dégagent :
1. Restaurer la confiance des partenaires et investisseurs
La conclusion d’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international (FMI) serait un signal fort. Au-delà des financements, un tel partenariat rassurerait les marchés, les agences de notation et les bailleurs de fonds sur la crédibilité de la trajectoire économique du pays. Parallèlement, une stratégie de nation branding doit être déployée pour renforcer l’attractivité du Sénégal, mettre en avant ses atouts et promouvoir les opportunités d’investissement.
2. Faire du secteur privé le moteur de la croissance
Pour dynamiser l’économie, le secteur privé doit être placé au cœur des stratégies de développement. Cela implique :
- Faciliter l’accès au financement pour les entreprises, notamment les PME et startups.
- Simplifier les procédures administratives et réduire les lourdeurs bureaucratiques.
- Améliorer l’environnement des affaires et promouvoir les partenariats public-privé.
- Prioriser les secteurs porteurs : infrastructures, énergie, agriculture, industrie, numérique, transports et logistique.
3. Rationaliser les dépenses publiques
Dans un contexte de ressources limitées, il est essentiel de réduire le train de vie de l’État et d’optimiser l’utilisation des fonds publics. La fusion des agences et structures redondantes, bien que souvent annoncée, tarde à se concrétiser. Pourtant, chaque jour de retard aggrave les difficultés économiques.
L’urgence d’une trêve politique
Le temps presse. Les trois années qui nous séparent de 2029 doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique durable. Le Sénégal a les atouts pour redevenir un leader en Afrique de l’Ouest, mais cela passe nécessairement par une pause dans les conflits politiques. Sans cela, les promesses de prospérité resteront des chimères.
La balle est dans le camp des dirigeants. Leur capacité à transcender les clivages et à placer l’intérêt général au-dessus des calculs partisans déterminera l’avenir du pays. Le choix est clair : soit le Sénégal s’enlise dans la stagnation, soit il saisit cette occasion pour écrire un nouveau chapitre de son histoire économique.