Ces dernières semaines, le Sénégal a été le théâtre d’une vague d’arrestations ciblant la communauté homosexuelle, souvent accompagnée de violences populaires. La législation du pays, déjà restrictive, a été durcie de manière significative, exposant désormais les personnes accusées d’homosexualité à des peines pouvant atteindre dix ans d’emprisonnement.
Le 13 février 2026, à Dakar, une scène révélatrice s’est déroulée sous les yeux de l’équipe de France Télévisions : un homme a été interpellé par la gendarmerie, hué par la foule scandant « góor-jigéen », un terme wolof signifiant « homme-femme », l’accusant de son orientation sexuelle présumée. Cet événement n’est pas isolé ; des centaines d’arrestations ont été signalées récemment, et certains individus ont même été violemment agressés par des groupes d’habitants.
Face à cette traque grandissante, la peur contraint de nombreux homosexuels à vivre dans la clandestinité. Un homme, rencontré par les journalistes, témoigne de cette angoisse constante : « À tout moment, on peut venir t’attraper. Tu ne peux pas vivre. Tu es obligé de vivre caché de tout le monde. Ça fait chier, ce n’est pas une vie. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas possible. » Il confie avoir coupé tout contact depuis le début de cette période de répression.
Paradoxalement, certains préfèrent l’arrestation à la violence collective. L’homme interrogé dénonce une « haine » alimentée par des croyances erronées : « On leur a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. Que si tu tues un homosexuel, tu vas aller au paradis. » Il insiste sur le caractère privé de l’orientation sexuelle, la considérant comme une affaire personnelle entre l’individu et Dieu.
Une législation anti-homosexualité renforcée
L’intensification de cette répression a également touché des ressortissants étrangers. À la mi-février, un ingénieur français d’une trentaine d’années a été arrêté à son domicile à Dakar, accusé d’homosexualité. Il est toujours détenu. Sa famille et son avocat, craignant des représailles, ont refusé de s’exprimer publiquement. Un ami décrit une « tactique de la rafle », où les forces de l’ordre procèdent à des arrestations brutales.
Bien que le Sénégal, pays à majorité musulmane (95%), ait toujours manifesté un rejet de l’homosexualité, une loi datant de 1966, bien que présente, était rarement appliquée. Cependant, le nouveau gouvernement a introduit une législation bien plus sévère. Ce texte a été adopté à l’unanimité par les députés (135 voix pour, 0 contre, et 3 abstentions de parlementaires qui souhaitaient des peines encore plus lourdes). Les actes homosexuels sont désormais passibles de cinq à dix ans de prison ferme.
Les discours politiques reflètent cette intransigeance. Une députée a déclaré que « les homosexuels ne respireront plus dans ce pays », tandis qu’un autre a qualifié les « valeurs LGBTQ » de « poison culturel savamment inoculé dans notre peuple ».
Conséquences sanitaires : la lutte contre le VIH menacée
Dans ce climat d’hostilité, des voix s’élèvent pour appeler à la raison. Le docteur Safiathou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le sida au Sénégal, exprime de vives inquiétudes. La nouvelle loi criminalise également l’aide apportée aux homosexuels, ce qui met en difficulté les professionnels de la santé travaillant avec les personnes séropositives.
« Soigner quelqu’un de séropositif, qu’il soit homosexuel ou non, relève de notre devoir de médecin. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Ce sont des personnes qui comptent sur nous. Donc, nous devons continuer à les soigner. C’est très compliqué pour nous », explique Safiathou Thiam. Malgré son « inquiétude », elle reste « confiante » quant à un éventuel « retour à la raison ».
La peur des arrestations pousse de nombreux homosexuels porteurs du VIH à ne plus se présenter pour leurs traitements essentiels. Les spécialistes redoutent ainsi une résurgence dramatique de l’épidémie de SIDA au Sénégal, annulant des années d’efforts en matière de santé publique.