3 juin 2026
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Au Sénégal, la composition de la nouvelle équipe gouvernementale, sous la direction du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, suscite de nombreux débats. Ce cabinet de trente ministres se distingue par l’absence des figures historiques du Pastef, à commencer par Ousmane Sonko, et privilégie un profil de technocrates et de proches du président Bassirou Diomaye Faye. Cette orientation semble confirmer une certaine distance entre le chef de l’État et le leader du Pastef. Aminata Touré, superviseure générale de la coalition Diomaye Président, livre son analyse sur cette nouvelle étape de la vie politique nationale.

Aminata Touré, à son domicile à Dakar, le 29 septembre 2022.

Une légitimité fondée sur l’efficacité

Face aux interrogations sur l’absence de poids lourds politiques dans ce gouvernement, Aminata Touré rappelle que la légitimité découle du suffrage universel. Avec une élection remportée à 54 %, le président Bassirou Diomaye Faye dispose du mandat nécessaire pour nommer son équipe en concertation avec son Premier ministre. Selon elle, ce choix est celui de l’efficacité immédiate, répondant à l’urgence des attentes des citoyens sénégalais qui souhaitent voir l’exécutif se mettre au travail sans tarder.

La gestion de l’équilibre institutionnel

Concernant les craintes d’une cohabitation difficile avec une Assemblée nationale dominée par le Pastef sous l’égide d’Ousmane Sonko, Aminata Touré se veut rassurante. Elle souligne que le président Faye et plusieurs ministres sont eux-mêmes issus du Pastef, ramenant le débat à une dimension interne au parti. Elle appelle à une mobilisation citoyenne autour du respect des prérogatives de chaque institution. Pour elle, l’essentiel est d’éviter les crises institutionnelles et les querelles personnelles pour se concentrer sur l’intérêt général du Sénégal.

Justice et reddition des comptes : pas de règlements de comptes

Le débat sur la moralisation de la vie publique reste central. Aminata Touré précise que la reddition des comptes, promise durant la campagne, doit se faire dans le strict respect de l’indépendance judiciaire. Elle insiste sur la distinction fondamentale entre la justice et la vengeance politique. Le président Bassirou Diomaye Faye reste, selon ses dires, fermement engagé dans cette démarche de transparence, mais refuse de transformer l’appareil judiciaire en outil de règlement de comptes contre des adversaires politiques.

Une approche pragmatique de la dette nationale

Sur le plan économique, la question du remboursement de la dette et des relations avec les institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international est cruciale. Aminata Touré prône un reprofilage de la dette plutôt qu’une restructuration brutale qui rappellerait les politiques d’ajustement structurel douloureuses des années 1980. L’objectif est de définir une stratégie financière soutenable qui préserve les programmes sociaux et ne plonge pas davantage la population dans la précarité.

Cap sur 2029 : l’urgence des résultats

Enfin, alors que certains voient déjà dans ces manœuvres les prémices de la présidentielle de 2029, Aminata Touré estime que l’heure n’est pas à la campagne électorale. Si les ambitions personnelles sont légitimes dans une démocratie, elles ne doivent pas saboter l’action actuelle. Les électeurs attendent des solutions concrètes aux problèmes du quotidien. La priorité du gouvernement est de transformer le pays, et la compétition électorale reprendra son cours le moment venu. Pour Aminata Touré, il faut laisser la démocratie respirer et placer l’intérêt national au-dessus de tout.